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Services publics hospitaliers : FO-SPS revendique 200 000 créations de postes

InFO militante par Elie Hiesse, L’Info Militante

Conférence nationale des Hospitaliers et du secteur social organisée par la Fédération des Services publics et de Santé à la Confédération FO à Paris le 1er février 2022. Photos : F. Blanc

La conférence nationale « Pour un autre hôpital, un autre système de santé », organisée le 1er février par FO-SPS au siège de la confédération à Paris, a réuni 355 militants venus de toute la France. Elle a permis de consolider la plateforme de revendications et les axes d’actions. Mandat a été donné à son secrétaire général pour construire le rapport de forces, avec toutes les fédérations syndicales partageant les revendications de FO.

Alors que le ministère de la Santé est en train d’établir un état des lieux des effectifs dans les hôpitaux publics et a annoncé, qu’auront lieu à son issue, des négociations sur les effectifs et les indemnités des agents, la fédération FO-SPS (services publics et de santé), deuxième organisation dans la Fonction publique hospitalière, maintient au plus haut la pression. Le 1er février, sa conférence nationale « Pour un autre hôpital, un autre système de santé » a réuni 355 militants venus de toute la France, au siège parisien de la confédération, pour une journée-point d’étape, sur les effectifs et les conditions de travail. Le recensement des besoins, effectué en amont avec les syndicats FO, avait déjà précisé la première des revendications de la fédération : la création de 200 000 postes dans la fonction publique hospitalière et les secteurs de la santé, du social et du médico-social. Un chiffre affiché sur la large banderole, qui surplombait la tribune devant une salle Léon Jouhaux pleine.

355 militants FO en défense des services de santé

C’est un minimum. Ces nouveaux postes redonneront des perspectives d’amélioration des conditions de travail, et font partie des éléments indispensables à la réouverture des 13 000 lits fermés sur les cinq dernières années, a expliqué Didier Birig, secrétaire général de FO-SPS, qui a réclamé la réouverture immédiate des 5 800 lits d’hospitalisation fermés en 2020, en pleine crise sanitaire. Pour F0-SPS, ces créations de postes doivent s’accompagner d’une augmentation des entrées en formation (IFAS, IFSI, écoles formant des professionnels soignants spécialisés, de rééducation et médicotechniques), de la suppression du numerus clausus pour les études médicales ainsi que de la fin de Parcoursup.

La plateforme de revendications, consolidée lors de la journée et lue en clôture, exige d’autres ruptures qui ne sont qu’un retour à une normalité, oubliée dans la crise, piétinée depuis des décennies par les politiques de réduction de coûts. La plateforme appelle en effet au rétablissement d’un hôpital public répondant aux besoins de la population, partout sur le territoire, et au respect de ses valeurs : Plus aucune intervention chirurgicale ou prise en charge ne doit être déprogrammée.

Elle appelle au respect des agents hospitaliers, qui va de pair avec la considération devant être apportée à la qualité de leur mission : les heures supplémentaires doivent cesser d’être la variable d’ajustement servant aux suppressions de postes. Cela passe par des plannings, des rythmes de travail respectant la réglementation des repos nécessaires, pour tenir compte de la pénibilité des métiers. Tous les agents de la FPH doivent pouvoir prendre trois semaines de repos pendant la période estivale, s’ils le souhaitent !.

A l’issue de la journée, le secrétaire général de FO-SPS a été mandaté afin de prendre toutes initiatives utiles pour établir le rapport de force essentiel à l’obtention des revendications, si possible avec toutes les fédérations syndicales qui partageraient ces revendications. Il faut un grand mouvement. FO-SPS mettra tout en œuvre pour en créer les conditions, a annoncé Didier Birig, qui appelle l’exécutif à rompre avec la logique financière de « Ma Santé 2022 ».

Epuisement alarmant des professionnels

Dire qu’il y a urgence tient de l’euphémisme. Les conséquences des politiques de réduction de coûts dans les secteurs hospitalier, social et médico-social, sont dénoncées depuis le plan Juppé de 1995 par FO. Alors que la situation des Ehpad est de nouveau dans l’actualité, en novembre 2018, nous étions 450 dans cette même pièce pour parler des conditions faites aux résidents et aux personnels dans les Ehpad, a souligné le secrétaire général de FO-SPS. La fédération réclame un ratio d’un agent pour un résident dans les établissements publics et privés (contre 0,6 actuellement).

Il faut revenir sur les années de politiques qui ont transformé la santé en bien de consommation. C’est aux femmes et aux hommes de régenter l’économie pour qu’elle serve à la justice sociale, a souligné, en ouverture, le secrétaire général de la Confédération, Yves Veyrier. Il a rappelé quant à lui le résultat de la mobilisation FO lors du « Ségur de la Santé » à l’été 2020, en particulier la revalorisation salariale-socle de 183 euros nets mensuels. FO peut en être fière, a-t-il martelé, rappelant que si FO croit à la négociation collective, FO croit autant à la force de la mobilisation, de la grève, quand cela est nécessaire.

Et l’extrême-urgence aujourd’hui, ce sont les moyens en effectifs et en lits, soit la deuxième partie du Ségur pour FO-SPS, qui a pointé l’état d’épuisement alarmant des professionnels.

18% à 20% des personnels hospitaliers en risque élevé de burn-out

L’attestent les chiffres de départs anticipés et/ou de démissions : plus de 60 000 agents ont quitté les secteurs hospitaliers, social et médico-social depuis le début de la pandémie. Un constat, appuyé par les spécialistes intervenus dans la matinée. 18% à 20% des personnels hospitaliers dans le public sont confrontés à un risque élevé d’épuisement professionnel (ou burn-out), a estimé Jean-Claude Delgènes, président-fondateur du cabinet Technologia, sur la base des interventions réalisées en milieu hospitalier.

Les facteurs déclencheurs des départs prématurés sont connus depuis le début des années 2000, a souligné, études à l’appui, Madeleine Estryn-Behar, médecin du travail et docteur en ergonomie : l’insuffisance du travail en équipe, due à la réduction des temps de transmissions entre équipes successives, et son corollaire, une qualité insuffisante de prise en charge des patients. S’y ajoutent le déséquilibre vie professionnelle-vie familiale (conséquence d’horaires et postes variables, avec changements impromptus) et, évidemment, l’épuisement professionnel. Et quelle a été la prise en compte (de ces constats, Ndlr) dans les politiques publiques ? Les politiques publiques vont à l’inverse des connaissances établies…, a pointé la chercheuse.

La seule question qui doit nous préoccuper est celle des effectifs et des lits. Car le chaos dans la pandémie n’a pas résulté d’un afflux de malades mais d’une diminution drastique de l’offre de soins, a renchéri Cyrille Venet, anesthésiste-réanimateur au CHU de Grenoble, et secrétaire général du SNMH FO (syndicat national des médecins hospitaliers). Le modèle à reconstruire devra reposer sur les acteurs de terrain, a expliqué Didier Hoeltgen, directeur général du CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et secrétaire général du syndicat CH-FO (cadres hospitaliers-FO), pour qui l’un des enseignements de la pandémie est que le service public a tenu grâce aux opérationnels.

Maltraitance des patients et des agents

Révélateur de la mobilisation des 355 militants à porter les revendications des personnels de leur établissement (public, privé à but non-lucratif, privé), 55 demandes d’interventions de militants ont été déposées lors de cette conférence. Si seulement 32 d’entre eux ont pu prendre la parole dans l’après-midi —au prix d’une discipline drastique de 5 minutes pour chacun—, tous ont témoigné du même état de déliquescence des secteurs hospitaliers, social et médico-social. Réduction continue (et qui se poursuit) du nombre de lits, manque chronique de moyens et d’effectifs, absentéisme non-traité, difficultés de recrutement : le constat est partout partagé, celui d’une maltraitance des patients et des agents.

Aux Hospices civils de Lyon (Rhône), la transformation en hôpital-entreprise a conduit à la suppression d’un millier de postes statutaires. Actuellement plus de 200 postes d’aides-soignantes et d’infirmières sont vacants. Six blocs opératoires sur 10 sont fermés en neurologie, alors qu’ils interviennent dans la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC), a énuméré Pascal Déhée, de FO Hospices civils de Lyon, qui a pointé la part démesurée (20%) de contractuels dans les effectifs. Au CHU de Bordeaux (Gironde), 400 lits étaient fermés fin 2021 par manque de personnel, et 350 nouveaux lits l’ont été début 2022. Le taux d’absentéisme atteint 12% des effectifs. Pourtant, c’est le néant en matière de recrutement. La détresse des personnels atteint un point de non-retour, a poursuivi Pascal Gaubert, SG du syndicat FO. Au CH Sud Gironde, la mobilisation a permis de stopper l’externalisation de la confection des repas, décidée au nom des économies à faire. Et une expertise initiée par les syndicats a révélé le nombre de cadres en « burn-out » : 30%.

Au CH (centre hospitalier) de Sarreguemines en Moselle, tout le monde est essoufflé. Il y a une infirmière ou aide-soignante pour 14 patients. Cette course sans fin réduit la qualité de prise en charge et des soins. Elle conduit à une perte de sens. J’ai peur que, dans un futur très proche, on ne soit plus en capacité de soigner correctement, a alerté Sandrine Berton, SG FO du CH. A la maltraitance des patients ou résidents, s’ajoute celle des agents. Ils partent malgré les avancées non-négligeables du Ségur, a appuyé de son côté Marcela Carcian, SG FO (majoritaire) dans un Ehpad à Espéraza (Aude) qui a enregistré 5 démissions d’agents (8% des effectifs). Dans ce contexte, le syndicalisme est mis à rude épreuve. On est conscients qu’on est un rempart à la déshumanisation, mais on se bat contre des statuts aléatoires, des budgets basés sur un niveau de dépenses obsolète depuis des années, un faible taux d’encadrement qui met danger patients et personnels .

La psychiatrie, grande oubliée des politiques de santé

La dégradation de la situation dans les établissements spécialisés en soins psychiatriques a été particulièrement pointée. La psychiatrie, c’est la grande oubliée des politiques de santé, a dénoncé Sylvie Giraud, SG FO au CH de Rouffach dédiée à la santé mentale (Haut-Rhin). La prise en charge globale du patient n’existe plus, on soigne un symptôme. On nous demande de faire sortir ceux dans les situations les moins pires pour faire rentrer ceux dans les situations les plus urgentes.

Au CH Sainte-Marie de Puy-en-Velay (Haute-Loire), établissement du privé non-lucratif où 60 lits ont été fermés, la pénurie de médecins en psychiatrie a des conséquences immédiates : les malades juste admis attendent une demi-journée avant de pouvoir accéder à une consultation, a expliqué Bernadette Tavernier, SG FO. Au CH Henri Laborit à Poitiers (Vienne), qui a subi la fermeture de 50 lits et compte 80 postes vacants (6% des effectifs), il y a deux mois d’attente pour les rendez-vous adultes, jusqu’à deux ans pour les enfants, a complété Charles Galard, SG FO.

Une pénurie de personnels organisée

Et les directions d’établissements se défaussent de leurs responsabilités. Au Centre psychothérapique de l’Ain (1 200 salariés en soins psychiatriques), établissement du privé non-lucratif à Bourg-en-Bresse, les effectifs sont calculés au strict minimum pour assurer la sécurité des patients. La direction refuse de reprendre la totalité de l’ancienneté des candidats à l’emploi, quand il y en a. Cela alimente la pénurie. Elle nous dit que, pour le salaire, il faut se satisfaire des avancées du Ségur, a témoigné Jérôme Belkhaoula, SG FO. Au CH Haute-Comté à Pontarlier (Doubs), la direction justifie le manque de bras par le niveau des salaires en Suisse. Comme si la souffrance au travail était une thématique de salon ! On vient de voir partir une aide-soignante comme bergère. Une autre a pris le volant d’un camion à pizza, a expliqué Sophie Richard, SG du syndicat FO, le seul de l’établissement à demander des embauches. On a rencontré l’ARS (Agence régionale de Santé), le sous-préfet, mais rien ne bouge Pour la militante, cela revient à une euthanasie volontaire de la FPH par la pénurie de personnel.

Les militants ont témoigné de leur détermination à défendre le système hospitalier, par des mobilisations, dont la grève. A l’AP-HP, Jean-Emmanuel Cabo, SG FO, qui demande 10 000 embauches et la réintégration des 700 agents suspendus (pour défaut de schéma vaccinal ou absence de pass sanitaire), a évoqué la grève du 1er décembre dernier, et les résultats de la combativité dans la crise : 200 cartes syndicales FO supplémentaires en 2021. Au CH Aix-Pertuis (Bouches-du-Rhône), René Salles, SG de FO (majoritaire) a rappelé la non-fermeture des urgences du CH Pertuis grâce à la mobilisation. Et de préciser que Les locaux FO sont restés ouverts 7j/7 depuis la crise. Voici des mois que les services du CH du Nord Mayenne devraient être fermés. La mobilisation a fait reculer l’ARS, et permis de suspendre le projet , a rappelé, pour sa part, Stéphane Lardeux, infirmier et secrétaire de l’UD FO de la Mayenne.

A la clinique de l’Anjou à Angers (Maine-et-Loire), établissement privé, la grève initiée par FO le 3 décembre dernier, pour obtenir une hausse de 50 euros net mensuels pour tous, a été suivie par 90% du personnel, a rappelé Armelle Champagne, SG FO. Et la revendication, satisfaite partiellement (50 euros bruts pour tous). Comme l’avait rappelé précédemment Franck Houlgatte, de l’Union nationale du syndicat FO de la Santé privée (UNSSP-FO), les salariés de l’hospitalisation privée exigent des augmentations immédiates de salaires, et les effectifs nécessaires dans tous les établissements. En décembre dernier, 36 coefficients de la grille conventionnels du secteur étaient en dessous du Smic…

La période liée aux élections présidentielles ne sera pas un prétexte à l’inaction

Toutes les prises de paroles seront réunies dans un livret, à paraître d’ici fin février. La vingtaine d’interventions, qui n’ont pu se faire faute de temps, y seront bien sûr intégrées. On ne veut rien perdre de ces interventions, a commenté Didier Birig, secrétaire général de FO-SPS.

Le militant a rappelé la détermination de FO à obtenir du gouvernement des mesures importantes pour reconstruire notre système de soins hospitaliers, et celui de la prise en charge sociale et médico-sociale de notre pays. La période de réserve liée aux élections présidentielles ne doit pas être un prétexte à l’inaction, a mis en garde le militant. Et de prévenir : FO ne sera pas bâillonnée. Ni dans ses paroles, ni dans ses actes.

 

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Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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