Tourisme : FO demande un plan d’urgence pour les plus précaires

Emploi et Salaires par Elie Hiesse, journaliste L’inFO militante

© Michel GAILLARD/REA

La filière tourisme-loisirs a poursuivi son déconfinement le 22 juin avec l’ouverture des salles de jeux et des centres de vacances. Si la filière bénéficie du plus important des plans d’aides sectoriels, celui-ci souffre d’insuffisances pour FO. À commencer par l’absence de conditionnement des aides de l’État au maintien des emplois. La confédération revendique un plan d’urgence pour les travailleurs précaires.

Le lundi 22 juin a marqué une nouvelle étape de déconfinement pour la filière tourisme-loisirs : les centres de vacances, les casinos et les salles de jeux ont pu rouvrir, dans le respect de règles sanitaires strictes, selon les dernières décisions de l’exécutif, annoncées dans la nuit du 19 au 20 juin. Restent encore fermées, jusqu’à septembre au moins, les foires, expositions, salons, discothèques et croisières maritimes internationales.

Depuis le 2 juin, les bars, cafés, restaurants, les parcs de loisirs ‒ avec une jauge maximale de 5 000 personnes – et les hébergeurs touristiques ont déjà été autorisés à reprendre leur activité, avec un temps de retard en Île-de-France, classée en zone verte le 15 juin.

Un plan d’aides sans contrepartie en matière d’emploi

Mais le retour à la normale s’annonce extrêmement progressif dans cette filière emblématique (représentant 7 % du PIB français et 2 millions d’emplois) qui vit une crise historique après deux mois et demi d’arrêt. À ce titre, elle bénéficie du plus important plan de relance sectoriel. Présenté le 14 mai, il porte sur 18 milliards d’euros d’engagements. Aussi important soit-il, ce plan ne garantit nullement de relance économique, martèle Michel Beaugas, secrétaire confédéral chargé des politiques d’emploi.

La relance est tributaire du retour des touristes étrangers [seules les frontières intérieures de l’espace de Schengen sont partiellement ouvertes, NDLR]. Les Français, qui ont perdu 15 % de pouvoir d’achat pendant la crise, ne compenseront pas l’absence de clientèle étrangère, poursuit le militant. Il dénonce un plan qui n’est pas à la hauteur des enjeux et soutient artificiellement les entreprises, sans que les aides de l’État soient conditionnées au maintien de l’emploi.

Prêts garantis, étalement de charges, exonérations

On cherchera en vain les contreparties au large éventail d’aides. Parmi lesquelles on compte 7 milliards (déjà budgétisés) du fonds de solidarité, dont l’accès est étendu aux sociétés de 20 salariés et jusqu’à 2 millions de chiffre d’affaires (soit un doublement des seuils), ou encore 6,2 milliards de prêts garantis par l’État (déjà pré-accordés) dont le plafond a été relevé aux trois meilleurs mois 2019 des entreprises bénéficiaires, soit ceux de la haute saison.

Les petits hôtels, cafés, restaurants sont aussi exonérés de cotisations sociales pour quatre mois (de mars à juin) pour un montant de 2,2 milliards d’euros, tandis que grandes et moyennes entreprises obtiennent des étalements de paiement de cotisations. Les entreprises de la filière ‒ ainsi que les hôtels, cafés, restaurants (HCR) ‒ continuent aussi de bénéficier, jusqu’en septembre, d’une prise en charge à 100 % de l’indemnité d’activité partielle pour les heures non travaillées, dans la limite inchangée de 4,5 Smic.

FO réclame un plan d’urgence pour les travailleurs précaires

Dans ce contexte, la confédération pèse de tout son poids pour obtenir une sécurisation des travailleurs précaires de la filière, ses 400 000 saisonniers (20 % du total des emplois) et les salariés en contrat de courte durée, recrutés pour quelques jours ou heures, tous dans l’attente de la reprise. Partout, les recrutements marquent le pas, quand ils ne sont pas reportés.

Pour FO, cette sécurisation passe déjà par l’annulation des dispositions de la réforme de l’Assurance chômage entrées en vigueur le 1er novembre 2019. Elle impose des conditions d’accès aux allocations chômage désormais inatteignables dans les secteurs du tourisme : six mois de contrat pour accéder au chômage, six mois pour recharger ses droits, rappelle Nabil Azzouz, secrétaire fédéral HCR à la FGTA-FO, particulièrement mobilisée.

À partir du 1er septembre, les saisonniers vont subir le second couperet de la réforme avec la refonte (défavorable) du calcul du salaire journalier de référence, dont est déduit le montant de l’allocation chômage.

La FGTA-FO demande aussi pour les salariés embauchés en contrat d’extra ou d’usage (CDDU), qui n’ont plus de travail à cause de la crise et pas droit au chômage partiel, un gel des droits acquis à l’Assurance chômage pendant un an. Pour ceux ayant épuisé leurs droits, elle revendique la reconnaissance d’un état de nécessité sociale, qui ouvrirait droit à un accompagnement particulier, en formation, et à des allocations de soutien. Les spécificités d’emploi du secteur appellent des mesures spécifiques, explique Nabil Azzouz.

Une reprise très progressive

Les syndicats FO de la filière tourisme-loisirs anticipent des milliers de licenciements, à court et moyen terme. Les mauvaises nouvelles se déclareront à la reprise d’activité. Celle-ci est très progressive et différente selon les secteurs. Dans les parcs de loisirs, la réouverture autorisée depuis le 2 juin n’a pas été suivie d’effets immédiats. Il faut trois à quatre semaines pour préparer un site à accueillir le public et le réaménager selon les nouvelles normes sanitaires, souligne Yann Poyet, secrétaire fédéral, chargé des espaces de loisirs, d’attractions et culturels, et des organismes de tourisme, à la FEC-FO.

Dans ce secteur des espaces de loisirs (50 000 salariés), les petites structures sans gros capitaux qui emploient moins de 10 salariés (89 % des 3 800 entreprises) concentrent les inquiétudes. Selon une étude de la Direction générale des entreprises à Bercy, parue en juin, seulement la moitié des professionnels envisagent de rouvrir tout leur parc.

Les pronostics sont plus noirs encore du côté des entreprises de voyage (distributeurs, tour-opérateurs, excursionnistes...). D’après une étude réalisée dans la branche (4 000 sociétés, 31 000 salariés), 40 % anticipent une activité nulle cet été et la moitié une activité en baisse de plus de 70 %. Pour le dernier trimestre 2020, 81 % prévoient une baisse d’activité supérieure à 50 %.

Casinos : FO obtient l’ouverture de tous les jeux

En revanche, pour les casinos qui ont rouvert leurs portes début juin pour les seuls jeux électroniques, l’heure est au retour à la normale. Depuis lundi, les tables de jeux sont accessibles. Et c’est une belle victoire pour Jean-Christophe Tirat, secrétaire fédéral FO-Casinos et Cercles de jeux, qui a bataillé en ce sens. L’ouverture dissociée des jeux constituait un danger majeur pour l’emploi, alors que les employeurs militent pour une automatisation accrue des casinos. Car elle excluait de fait les 20 % de salariés travaillant aux jeux de table, qui sont historiquement les plus anciens et donc les mieux rémunérés, explique le militant. Une victoire à souligner à l’heure où la filière tourisme-loisirs s’enfonce dans la crise.

Sur le même sujet

Les saisonniers sacrifiés !

Emploi par FGTA-FO, Transports et logistique

Il est inadmissible que malgré nos interrogations répétées, nos multiples échanges avec le ministère du Travail, nous n’ayons obtenu à ce jour, pour la saison d’été, aucune garantie de sécurisation financière des travailleurs saisonniers privés d’emploi