Emploi et salaires

UE : le nombre de travailleurs pauvres a augmenté de près de 16% en six ans

, Evelyne Salamero

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Vous avez dit reprise ? Alors que la commission européenne affiche son optimisme sur la sortie de crise, l’Institut syndical européen a publié le 19 mars un rapport qui remet les pendules à l’heure.

Selon la commission européenne, la reprise économique est bien là dans la mesure où tous les États membres de l’Union européenne ont enregistré des taux de croissance positifs en 2017, portant la croissance moyenne du PIB (Produit intérieur brut) dans l’UE à 2,4%. Celle-ci devrait se maintenir à 2,3% en 2018, et ne pas descendre en deçà de 2% en 2019. Des niveaux jamais atteints en Europe depuis 2010, souligne Bruxelles.

Dans son rapport annuel Benchmarking Working Europe, l’Institut syndical européen (ETUI, centre indépendant de recherche et de formation de la CES (Confédération européenne des syndicats) relativise ces « bonnes nouvelles ».

Les disparités entre États membres s’aggravent

Les auteurs commencent par rappeler que la croissance revient après une décennie de stagnation, voire de récession pour de nombreux pays européens.

Dans huit États membres (Grèce, Chypre, Italie, Finlande, Croatie, Slovénie, Portugal et Espagne), la croissance du PIB par habitant a ainsi été négative entre 2008 et 2016. Dans sept autres pays, (Luxembourg, Autriche, Danemark, Pays Bas, France, Belgique et Royaume-Uni), le taux de croissance annuel n’a pas dépassé 0,4 %.

Surtout, l’ETUI alerte sur l’aggravation des disparités au sein de l’UE à 28 ces cinq dernières années, alors qu’elles avaient au contraire commencé à se réduire entre 2005 et 2012. Cette évolution, la plus inquiétante selon les auteurs du rapport, se poursuit : les pays du sud continuent de décrocher, et le rattrapage des pays de l’est continue de ralentir.

Dans neuf pays, les travailleurs gagnent moins qu’en 2010

La faiblesse de la demande intérieure persiste. Dans dix pays de l’Union Européenne, le niveau de consommation des particuliers reste inférieur à celui de 2008, Il est inférieur à la moyenne de l’Union Européenne dans seize États (Lituanie, Slovaquie, Portugal, Espagne, Grèce, Bulgarie, Roumanie, Suède, Malte, République tchèque, Pologne, Estonie, Lettonie, Slovénie), parmi lesquels neuf appartiennent à la zone euro. La France atteint juste la moyenne.

Le niveau d’investissement en 2017 était toujours inférieur de 1,8 % à celui de 2007. Dans douze États membres, il était inférieur de plus de 10%.

La reprise est par ailleurs loin de se faire sentir en termes de salaires. Les travailleurs de neuf pays de l’Union Européenne ont gagné moins en 2017 qu’en 2010 (Italie, Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Grèce, Portugal, Finlande, Croatie et Chypre) [1].

Dans six de ces pays, la situation a continué à se dégrader en 2017 puisque les salariés y ont gagné moins qu’en 2016 (Italie, Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Grèce et Finlande).

Les emplois à temps partiel et précaires augmentent, la pauvreté au travail aussi

La qualité de l’emploi se dégrade. L’emploi à temps partiel a augmenté de 17,6% en 2008 à 19,5% en 2017 dans l’ensemble de l’UE. L’emploi temporaire a concerné en moyenne 14,4% des contrats en 2017, contre 13,6% en 2013. Les travailleurs indépendants ont représenté 13,8% de la population active en 2017, sachant que la plupart travaillent seuls, sans employer personne.

Résultat : le taux de travailleurs pauvres a augmenté de 15,7 % en six ans, de 2010 à 2016, pour atteindre presque 10% (9,6%).

D’ailleurs, en 2017, 4,2% des salariés des 28 États membres de l’UE, soit 9,3 millions (contre 8,8 millions en 2008), cumulent plusieurs emplois pour avoir un revenu suffisant.

Même la Commission européenne et la Banque centrale européenne plaident pour des augmentations de salaires plus importantes

Malgré tous les beaux discours sur la reprise économique, la situation des travailleurs dans plusieurs grands pays reste moins bonne qu’avant la crise, commente Esther Lynch, secrétaire confédérale de la CES (Confédération européenne des syndicats). Il n’est dès lors pas étonnant, poursuit-elle, que même la Commission européenne et la Banque centrale européenne plaident pour des augmentations salariales plus importantes. C’est essentiel non seulement pour l’équité sociale, mais aussi pour stimuler la croissance et créer des emplois de qualité.

Soulignant que le temps est venu d’envisager des actions beaucoup plus déterminées pour promouvoir les meilleurs moyens de réaliser des augmentations salariales justes et raisonnables, notamment par le biais de négociations entre employeurs et syndicats, la CES propose que les règles de passation des marchés publics stipulent que les contrats ne [soient] adjugés qu’aux entreprises couvertes par une convention collective de travail.

Notes

[1Ces chiffres portent sur les salaires réels, c’est-à-dire sur la valeur des salaires en tenant compte du coût de la vie, précise la CES.

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Evelyne Salamero

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