Yves Veyrier, Secrétaire général de Force Ouvrière, était invité sur France Info le mercredi 14 octobre 2020.

France info le 14 octobre 2020 par Yves Veyrier

Yves Veyrier, Secrétaire général de Force Ouvrière, était invité sur France Info le mercredi 14 octobre 2020.

France info : Est-ce que le discours d’Emmanuel Macron sur le télétravail vous a interpellé ? Il n’en a pas fait l’éloge ce soir.

Yves Veyrier : Ce qui interroge quand même c’est pourquoi on en arrive là aujourd’hui. On voit bien qu’il y a des difficultés, la question des moyens qui ont été mis en œuvre ou pas, au bon moment ou pas. On arrive à une forme de semi-confinement et effectivement, c’est le couvre-feu et puis le télétravail. Le télétravail n’est pas le télétravail tel qu’il nous semble qu’il devrait être organisé, anticipé, négocié. Nous allons être encore dans une situation où cela va être plus ou moins bien fait selon que les salariés disposent des moyens pour le faire correctement. Cela va être une difficulté, c’est clair. Quand le Président de la république invoque la nécessité que ce soit négocié et au plus près du terrain ; les 5 confédérations de ce pays viennent de s’adresser justement aujourd’hui aux pouvoirs publics, au Premier ministre, au Président de la république pour lui rappeler que nos délégués sont sur le pont depuis le début du confinement. Aujourd’hui, sur les questions, pas seulement sanitaires mais également les questions de suppressions d’emplois et maintien d’emplois. Ce qui manque aujourd’hui c’est une capacité de représentation collective qui a été affaiblie par les Ordonnances et nous demandons une réunion d’urgence pour redonner les moyens de la négociation collective.

FI : Le chef de l’État a également évoqué la situation des TPE-PME : « on va améliorer l’accompagnement économique des indépendants, restaurants… » Est-ce que ces propos vous rassurent, vous inquiètent pour tous ces secteurs professionnels ?

Yves Veyrier : Le premier des secteurs qui est effectivement directement touché par le couvre-feu va encore être, en particulier, celui des hôtels, cafés, restaurants. Nous avons une grosse difficulté c’est que nous n’arrivons pas à négocier au niveau de la branche un accord sur l’activité partielle de longue durée. Il y aura un impact sur l’activité économique, à nouveau, alors qu’on pensait parler de relance, on risque d’avoir un frein, une diminution, un ralentissement de l’économie et des emplois qui vont encore être mis en péril. Là-aussi les 5 confédérations se sont adressées aux pouvoirs publics, au gouvernement, au Premier ministre, que le gouvernement soit beaucoup plus ferme quand il y a aides publiques et en particulier qu’on puisse négocier la mise en place de l’activité partielle de longue durée sans suppression d’emploi contrainte. C’est exactement ce qu’on vient d’obtenir chez Airbus, il faut qu’on généralise ce principe, que le gouvernement soit beaucoup plus ferme là-dessus. Il faut préserver les emplois. Puisque le Président de la république nous dit que l’activité économique doit continuer, ce qui nous importe c’est de préserver les emplois évidemment en assurant la sécurité du point de vue de la santé des salariés.

FI : Vous êtes rassuré sur l’accompagnement promis, le chef de l’état n’a pas dit « quoiqu’il en coûte » mais c’est ce qu’on comprenait à demi-mot ?

Yves Veyrier : Les petites et très petites entreprises sont en difficulté, il est très difficile de maintenir une entreprise notamment dans ce secteur mais comme dans d’autres dans ces conditions. Il faut que l’aide publique soit au niveau, il faut qu’en contrepartie ce qui soit au niveau, c’est qu’on protège effectivement l’emploi des salariés. On a trop assisté ces derniers temps à des dispositifs qui tout en faisant en sorte qu’il y ait de l’aide publique qu’elle quelle soit : activité partielle ou autre s’accompagne aussi de suppressions d’emplois. Dans les grands groupes, par exemple, hôtelier, les entreprises voudraient pouvoir bénéficier de l’aide sans s’exonérer de la possibilité, en dehors de l’activité d’hébergement par exemple, de supprimer des emplois dans les activités connexes. Ce n’est pas acceptable !

FI : Les aides exceptionnelles, 200 euros plus 150 euros par enfant pour les plus modestes, les bénéficiaires du RSA ou encore des allocations logement, c’est une bonne mesure ? Vous auriez préféré peut-être une augmentation générale des minima sociaux ?

Yves Veyrier : Nous plaidons depuis un moment pour une augmentation générale des minima sociaux, c’est très clair ! J’entends ce que dit le Président de la république mais je crois que dans la situation actuelle, il faut privilégier l’emploi. Il y a beaucoup de salariés qui ont perdu leur emploi notamment des intérimaires, des précaires. Nous avions identifié le risque que soulevait l’idée de la prime d’activité qui évitait d’avoir à augmenter le Smic. Aujourd’hui ceux qui sont au Smic et qui perdent leur emploi sont indemnisés au niveau du Smic et perdent directement les 100 euros de la prime d’activité. Oui, il faut augmenter les minima sociaux d’une manière générale. Il faut rassurer dans le temps les salariés qui sont en difficulté, les plus en difficulté, sur leur pouvoir d’achat parce que c’est effectivement une angoisse supplémentaire pour boucler les fins de mois.

Yves Veyrier Secrétaire général de Force Ouvrière

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