Vers une sécurité des usagers et des conditions de travail au rabais

SNCF : Pour qui roule la dette ?

, Michel Pourcelot

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Quelque 40 milliards d’euros de dette : 7,4 pour l’actuelle SNCF et le reste pour RFF, avec en plus 1,5 milliard de frais financiers annuels et un endettement annoncé à 50 milliards dans cinq ans. De quoi remuer l’opinion publique et justifier la réforme ferroviaire. Pourtant l’Allemagne avait, dès 1994, épongé le déficit de ses chemins de fer et constitué une structure unifiée, la Deutsche Bahn, en reprenant à sa charge une dette dépassant les 240 milliards de francs. Un exemple rappelé par la Fédération FO des Cheminots, qui demande le même désendettement complet par l’État du système ferroviaire français. Car, comme le souligne son Secrétaire général Éric Falempin, « cette dette, ce n’est pas celle des cheminots », c’est une dette d’État, la SNCF contribuant à l’aménagement du territoire. Son action « structurante » étant d’ailleurs indiquée dans la LOTI, la loi d’orientation des transports intérieurs. Pour autant, l’État est toujours corseté dans son adhésion aux critères de Maastricht et la réduction des déficits publics...

Le projet de réforme a annoncé la couleur du redressement de la société nationale en évoquant « la performance économique du transporteur, alliée à l’efficacité accrue de l’organisation du travail et à l’optimisation de l’offre ferroviaire ». Présentant les mauvais, forcément mauvais, résultats financiers de son groupe pour l’année 2013, peu arrangés par la politique du « tout TGV », le président de la SNCF, Guillaume Pepy, n’a pas manqué, le 13 février dernier, d’arguer de la dette pour pratiquer les économies nécessaires et autres vertus comptables. Et Pepy d’apporter sa pierre : « Il faut faire baisser les coûts pour faire baisser les prix. » Comment ? En produisant « moins cher », en appliquant « les méthodes industrielles au chemin de fer », et en continuant à « diminuer les coûts d’investissement ». Et cela malgré l’état du réseau, dont le besoin urgent d’entretien et d’importants investissements a été pointé en 2005 par un audit de l’École polytechnique de Lausanne. Apparemment, le contre-exemple britannique et sa renationalisation partielle provoquée par de graves manquements à la sécurité, laissée aux intérêts privés, n’ont pas suffi...

Quoi qu’il en soit, l’État a annoncé vouloir contribuer à l’effort. Mais seulement pour le 1,5 milliard d’euros de frais annuels de la dette. Et seulement à hauteur de 500 millions, notamment par les dividendes qu’il touche en tant qu’actionnaire, mais encore faut-il que bénéfice il y ait. Où trouver le milliard manquant, si ce n’est en grattant sur l’emploi, les salaires et les conditions de travail...

Voir en ligne : FO Cheminots - Site internet