Partout en Europe, le service postal tangue : entre privatisation et effondrement de l’activité historique de distribution du courrier, la Royal Mail britannique ne fait pas exception. Début octobre, l’opérateur postal a annoncé la suppression d’ici fin 2027 de 2500 postes sur les 131 000 actuels. Cette réduction de 2% de ses effectifs est censée se faire sans licenciements contraints, par départs naturels ou volontaires, uniquement au siège ou aux fonctions support – sans affecter, donc, les facteurs et les conducteurs.
Les volumes de lettres ont chuté de plus de 70 % par rapport à leur niveau maximal, tandis que la demande des clients pour des services de livraison de colis plus rapides et plus pratiques ne cesse de croître
, justifie l’entreprise dans un communiqué. Il y a dix ans, la Royal Mail distribuait 20 milliards de lettres par an, un chiffre qui a dégringolé à 6,7 milliards actuellement – et les prévisions envisagent une baisse continue pour atteindre 4 milliards dans quatre ans.
Une enquête sur le manque d’efficacité du service
Qu’avec la baisse du volume du courrier, on supprime des postes en amont dans les chaînes de tri, c’est une chose, commente Branislav Rugani, secrétaire confédéral du secteur international chez FO. Mais supprimer des postes de facteurs, les derniers messagers en contact avec le citoyen, ce serait véritablement la fin d’un service public de proximité.
Le service public en question est toutefois bien mis à mal. Privatisée en 2013 et rachetée par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky en 2025, l’entreprise cinq fois centenaire connaît d’importantes difficultés.
En juin, l’Ofcom – le régulateur public des services de communication – a lancé une enquête pour comprendre pourquoi la Royal Mail avait une fois de plus échoué à remplir ses objectifs de distribution. Près d’un quart (24,3%) des plis prioritaires arrivent en effet en retard, alors que les règles de l’Ofcom n’autorisent qu’une marge de 7% de livraisons hors délais. La situation tend en outre à empirer : l’année précédente, 23,5% des lettres prioritaires étaient distribuées en retard. De même, selon les objectifs fixés à la Royal Mail, 98,5% des lettres non prioritaires sont censées arriver dans les trois jours ouvrés – elles ne sont que 90,2% à y parvenir, contre 92,5% un an plus tôt.
Une amende de 25 millions d’euros
Face à ces manquements, l’Ofcom a infligé en octobre 2025 une amende record à l’entreprise postale : 23 millions de livres (soit 25,7 millions d’euros). L’entreprise a failli à ses obligations en échouant à fournir un niveau acceptable de service, sans justification,
Les syndicats de travailleurs du secteur affirment que la Royal Mail priorise la livraison des colis au détriment des lettres, une hypothèse que le régulateur va prendre en compte dans son enquête.
Pour autant, l’autorité de régulation ne se voile pas la face sur les évolutions du secteur. En juillet 2025, l’Ofcom a accepté d’assouplir l’obligation de service universel de la Royal Mail, ouvrant la porte à l’arrêt de la livraison des lettres ordinaires le samedi et la réduction des tournées à un jour sur deux la semaine. À ce stade, peu importe quel modèle de distribution est adopté,
Le syndicat évoque un turn-over impressionnant, avec en moyenne 326 à 400 salariés
quittant la Royal Mail chaque semaine, essentiellement de nouveaux entrants
, échaudés par les conditions de travail et l’impossibilité de remplir correctement les missions.
Des coupes qui ne pallieront pas l’absence de vision commerciale
Le service postal n’a plus rempli ses objectifs concernant les lettres prioritaires depuis 2017 (2020 pour les plis classiques). Une dégradation qui contraste avec l’augmentation du prix du service : en avril, le prix des timbres a augmenté de 6%. Depuis 2020, il a plus que doublé. Dans ce contexte, la CWU estime que l’annonce des 2500 suppressions de postes constitue une preuve supplémentaire du fait que l’entreprise démoralise son personnel et échoue à remplir sa mission auprès des clients et de la communauté plus largement
.
La secrétaire générale du syndicat Unite, Sharon Graham, appuie dans un communiqué : Cela n’améliorera pas la qualité du service, et les travailleurs ne doivent pas servir de boucs émissaires pour les mauvaises décisions prises par l’entreprise, le gouvernement ou l’Ofcom.
La militante craint que des coupes similaires se reproduisent si rien n’est fait. La CWU tire elle aussi la sonnette d’alarme, évoquant « une crise sérieuse » au sein du service postal. Elle appelle à un sommet d’urgence entre les syndicats de travailleurs, la direction de l’entreprise et le gouvernement. La Royal Mail a sérieusement besoin d’une vision commerciale qui fournisse des emplois dignes aux salariés et un service de qualité aux clients et à la communauté.
