Ascoval et ses 270 emplois enfin sauvés

Emploi et Salaires par Valérie Forgeront

© Franck CRUSIAUX/REA

C’est un vrai ouf de soulagement pour les 270 salariés de l’aciérie Ascoval de Saint-Saulve (Nord). Le tribunal de grande instance de Strasbourg a annoncé le 2 mai sa décision d’accepter la reprise du site par l’entreprise sidérurgique britannique British Steel (appartenant à un fonds d’investissement).

Le tribunal de grande instance de Strasbourg a annoncé le 2 mai sa décision de confier la reprise du site d’Ascoval de Saint-Saulve dans le Nord à l’entreprise sidérurgique britannique British Steel (appartenant à un fonds d’investissement).

Par cette reprise qui prendra effet au 15 mai, les 270 emplois d’Ascoval seront conservés ainsi que les droits acquis des salariés ont assurés Ascoval et son repreneur. Depuis plus d’un an, les salariés, avec leurs syndicats, dont FO, se battaient pour la pérennité du site et de ses emplois. L’issue annoncée le 2 mai a donc le goût de la victoire, même si cela s’accompagne encore d’une méfiance dans l’avenir.

« Nous sommes contents bien sûr mais nous restons prudents. Et par ailleurs il faut laisser le temps au site de se rétablir » explique Dominique Dufner, représentant syndical FO (syndicat créé il y a deux ans) chez Ascoval. La joie des salariés est en effet quelque peu atténuée par la situation actuelle des emplois, la dure bagarre menée depuis 2018 et les différentes fausses-joies de ces derniers mois. La dernière en date ? Le 21 février. Contre toute attente, le franco-belge Altifort -dont le scénario de reprise venait d’être accepté par la justice- annonçait qui jetait l’éponge s’étant aperçu qu’il ne disposait pas suffisamment de financement pour acheter Ascoval.

Un retour à la normale prévu en janvier prochain

« Nous restons toujours prudents. La semaine dernière nous avons appris ainsi que le financement de la reprise par British Steel n’était pas finalisé… » indique le militant FO. Cela s’est arrangé à l’évidence mais cela avait de quoi faire replonger les salariés dans l’angoisse des incertitudes sur l’avenir, leur quotidien depuis plus d’un an.

Un quotidien qui se mêle aux difficultés matérielles inhérentes à la situation de sous-activité d’Ascoval. Les salariés subissent en effet une situation de chômage partiel, travaillant une semaine par mois. « C’est difficile pour le moral » indique le militant. Alors que le repreneur compte sur un retour à la normale de la production à partir de janvier prochain, cela par l’arrivée de nouveaux clients et donc de commandes, les salariés ont obtenu qu’il prenne en compte cette situation actuelle de chômage (les salariés perçoivent une indemnité égale à 70% du salaire brut normal).

British Steel va prendre ainsi à sa charge la compensation (30%) du chômage partiel se réjouit Dominique Dufner. Par ailleurs le repreneur a accepté d’assumer financièrement 50% du passif social, notamment les congés. L’autre moitié du passif va faire l’objet d’une négociation entre la nouvelle direction et les syndicats.

Si la satisfaction de la reprise est évidente à Saint-Saulve il faudra toutefois du temps pour effacer les mauvais souvenirs. Ascoval (site créé par le groupe sidérurgiste français Vallourec dans les années 1970) a en effet failli disparaître.

Quatre années très compliquées

Le cauchemar avait commencé en 2015 avec la restructuration décidée par Vallourec qui programme alors la suppression de 900 emplois dans le groupe. Vallourec vend Saint-Saulve à Ascometal. Les syndicats constateront ensuite que Vallourec n’avait pas écarté la fermeture d’Ascoval dès 2014…

En 2017, non seulement la situation d’Ascoval ne s’améliore pas mais la fermeture d’un laminoir ajoute aux interrogations sur l’avenir. Début 2018, en janvier, Ascoval est cette fois en grande difficulté. L’usine est mise en redressement judiciaire suite à la liquidation de son actionnaire principal (à 60%), Asco-Industries, lequel appartenait auparavant à AscoMetal. Or si AscoMetal a été repris par le suisse Schmolz-Bickenbach celui-ci n’avait pas voulu prendre de participation dans Ascoval. L’aciérie de Saint-Saulve restait donc bien seule.

Ainsi, dès la recherche de repreneurs pour Ascoval, Vallourec -dont l’État est actionnaire à 16% via PBI France- a refusé de s’investir dans la reprise. Cette attitude du groupe, client principal d’Ascoval et par ailleurs son actionnaire à 40% a pesé lourd dans les difficultés. Désormais se réjouit Dominique Dufner, « Vallourec, garantit a priori l’apport de tonnages de commandes pendant trois ans ».

L’implication de tous les salariés

Dans ce véritable feuilleton pour la reprise, les pouvoirs publics (État et collectivités territoriales) ont été amenés à intervenir. « L’investissement est sur le mode 1 euro de l’État (ou des collectivités) pour un euro en provenance du privé » indique Dominique Dufner. Au final, les pouvoir publics investiront 47 millions d’euros dans la reprise d’Ascoval.

De leur côté, dès janvier 2018, les salariés d’Ascoval et leurs représentants (quatre syndicats dont FO) ont multiplié les actions (grèves, rassemblements, rencontres avec les pouvoirs publics…) pour sauver le site. Tous vont vivre au rythme des décisions de justice pour la reprise ou pas de l’usine, de l’attente de repreneurs et de leurs plans mais aussi de l’attente des décisions des pouvoir publics pressés par les salariés d’agir pour la pérennité de Saint-Saulve. En résumé, un an et demi d’angoisse pour les salariés et leurs familles avant cette issue heureuse le 2 mai.

Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

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