Transport - FO Hebdo

Chauffeurs routiers : FO appelle à la mobilisation aux frontières

, Evelyne Salamero

Recommander cette page

Les organisations de routiers réunies en intersyndicale (FO, CFDT, CGT, CFTC, CGE-CGC), le 15 novembre 2017 au siège de la CFDT. Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Les conducteurs de camions vont de nouveau passer à l’action mardi 21 novembre, cette fois aux frontières françaises, à l’appel de FO et de quatre autres syndicats (CFDT, CGT, CFTC, CGC), contre l’exclusion de leur secteur de la nouvelle directive détachement et contre la future réglementation proposée par la commission européenne.

Pourquoi les chauffeurs routiers sont-ils de nouveau en colère ?

Premièrement, leur secteur est exclu de la nouvelle directive détachement. Pour obtenir un compromis au sein de l’Union européenne sur sa révision, le président français Emmanuel Macron a en effet accepté que sa nouvelle version ne s’applique pas au secteur hyper-concurrentiel qu’est le transport routier. Les chauffeurs détachés continueront donc à être privés des éléments de rémunération (prime de repas, frais d’hébergement…) que la nouvelle directive prévoit.

« A travail égal salaire égal, partout, et pas dans dix ans »

L’ancien texte de la directive continuera ainsi de leur être appliqué jusqu’à l’adoption de la réforme européenne du transport routier (Paquet mobilité). En attendant, les ingrédients d’un dumping social qui a pourtant déjà entraîné des milliers de suppressions d’emplois dans le secteur en France continueront d’être utilisés.

De plus, a ajouté Patrice Clos, secrétaire général de la fédération FO Transports, lors d’une conférence de presse des cinq organisations syndicales le 15 novembre, il ne faut pas nous prendre pour des lapins de trois semaines, on sait ce qui va se passer […] Le 1er janvier 2018, la Bulgarie, pays à bas coût du travail, va prendre la présidence, après il y aura les élections européennes… Les 27 n’arriveront pas à se mettre d’accord sur la révision du paquet routier avant sept à dix ans.

Mais les salariés ne peuvent pas attendre aussi longtemps, souligne le responsable FO, alors qu’il y a déjà des esclaves de la route qui font 2 000 kilomètres dans une journée, avec des camions en surcharge constante.

C’est aussi un vrai danger pour la sécurité d’autrui, ajoute-t-il.

La réforme proposée par Bruxelles empirerait les choses

Le « paquet routier » proposé par la commission européenne n’arrangerait rien, bien au contraire, s’inquiètent les organisations syndicales. Cette réforme confèrerait davantage de pouvoir à l’employeur pour jongler avec les temps de conduite et de repos, explique FO Transports.

La réglementation actuelle limite le temps de conduite à 90 heures par période de deux semaines, avec un maximum de 56 heures durant la première semaine. La deuxième semaine (34 heures de conduite) est suivie d’un repos de 45 heures consécutives.

La réforme prévoit de faire passer la période de référence pour le calcul des temps de conduite et de repos de deux semaines à quatre semaines. Cela pourrait engendrer une période de repos réduite à 24 heures (au lieu de 45) à la fin de la deuxième semaine, explique FO Transports, et faire ainsi sauter le verrou de 90 heures de conduite maximum sur deux semaines.

Le 21 novembre, une première étape

L’entreprise pourra donc faire travailler un conducteur trois semaines d’affilée sans repos de deux jours consécutifs puisque la nouvelle réglementation proposée par Bruxelles permettrait de concentrer plus facilement le temps de conduite sur les trois premières semaines du mois et de concentrer les temps de repos sur la quatrième semaine.

Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas que la mobilisation de ce 21 novembre, qui s’inscrit aussi dans la semaine d’action annuelle de la Fédération européenne des travailleurs des transports, ne soit qu’une première étape, comme ont averti les fédérations syndicales.