Réchauffement climatique

COP 24 : rendez-vous à la COP 25 ?

, Evelyne Salamero

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© PLANET Pix/ZUMA-REA

Alors que la clôture officielle de la 24e Conférence des parties de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ouverte à Katowice en Pologne le 3 décembre, était prévue pour ce vendredi 14 décembre, les négociations, laborieuses, entre États pourraient bien ne se terminer que samedi, voire dimanche. L’issue reste incertaine, tant du point de vue de leurs engagements en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre que des mesures sociales à prendre pour garantir une « transition juste », en particulier en termes de sauvegarde des emplois dans les secteurs à forte émission de CO2.

L’enjeu de cette COP 24, du point de vue purement climatique, réside dans la capacité des États à se mettre d’accord sur les mesures à adopter, et leur financement, pour concrétiser l’Accord de Paris adopté lors de la COP 21 en 2015 et donc en atteindre – enfin – les objectifs.

Cet accord a fixé la limite de la hausse de la température globale de la planète à bien moins de 2°C d’ici 2100 et enjoint les États à poursuivre les efforts en direction de seulement 1,5 °C. Pour atteindre cet objectif, le texte stipule qu’il faut viser la neutralité carbone à l’horizon 2050.

L’accord de Paris consigne donc un certain nombre d’engagements d’étapes pris par les États dans le cadre des contributions climatiques nationales (INDC, sigle anglais). Des engagements non contraignants.

Aucun des 28 États membres de l’UE n’a tenu ses engagements pris à Paris en 2015

Trois ans plus tard, au-delà des discours pourtant alarmistes des gouvernements, on est donc loin du compte. En ce qui concerne l’Union européenne par exemple, aucun des 28 États membres ne s’est mis en conformité avec l’accord de Paris.

En octobre 2018, le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a pourtant mis un coup de pression supplémentaire. Selon son rapport, il faudrait « atteindre » – et non plus « viser » – la neutralité carbone en 2050 et pour ce faire limiter le réchauffement à 1,5°C.

Il faudrait donc selon le Giec que les émissions de CO2 chutent de 45% d’ici 2030 et que la part des énergies renouvelables dans la production électrique passe de 20 % aujourd’hui à 70 % en 2050. La part du charbon (environ 40 % aujourd’hui) devrait être quasiment réduite à néant. L’industrie devrait réduire ses émissions de CO2 de 75-90 % d’ici 2050 par rapport à 2010. Les transports bas-carbone devraient passer à 35-65% du trafic en 2050 contre moins de 5% prévus en 2020.

La dure réalité

La question clé reste celle du financement des investissements nécessaires à cette transition vers une économie sans carbone.

La dure réalité est que si nous voulons pérenniser nos emplois et nos entreprises dans un monde décarboné, nous devons investir davantage dans la recherche et le développement aujourd’hui, reconnaissent Carlos Moedas et Hans Joachim Schellnhuber, respectivement commissaire européen chargé de la Recherche, de la Science et de l’Innovation et fondateur de l’Institut de recherche sur le climat à Postdam (Allemagne), dans un article publié par Le Monde du 11 décembre.

Mais qui va payer et dans quelles proportions ? Comment les investissements publics pourront-ils être à la hauteur dans un cadre contraint par les politiques d’austérité ? Au passage, à ce point du débat, on est en droit de penser que l’ombre des gilets jaunes a plané sur la COP 24...

Comment les pays les moins développés vont-ils pouvoir faire face à ces nouvelles dépenses ? La lutte contre le réchauffement climatique va-t-elle se révéler une nouvelle aubaine pour les multinationales à la recherche de nouveaux profits et peu soucieuses de l’intérêt général, y compris dans le cadre de partenariats public-privé ?

Pour FO, la priorité est l’investissement public

La priorité est l’intervention et l’investissement des États et des collectivités. Cette action publique doit être mondiale et massive, bien au-delà de la constitution (nécessaire) d’un Fonds vert ou des aides aux pays en voie de développement dont les populations sont plus impactées par le réchauffement climatique, déclarait déjà FO au moment de l’accord de Paris en 2015, revendiquant que les solutions techniques ou innovantes, qui pourraient voir le jour à l’échelle mondiale ou d’un continent ou d’un État, fassent l’objet d’un investissement public type grands projets.

Cela, expliquait alors Jean-Claude Mailly, permettrait des réalisations concrètes tout en créant de l’emploi et sans doute de nouvelles qualifications. L’investissement public peut alors servir d’effet levier pour permettre aux investisseurs privés d’abonder le financement de ces grands chantiers publics. Mais pour FO, en aucun cas il ne peut s’agir de procédure type Partenariat Public-Privé.

Une autre question continue de se poser aujourd’hui : quelles règles techniques vont être mises en place pour contrôler que les engagements pris sont bel et bien tenus ?

Si les engagements des pays pris en 2015 à Paris ne sont pas contraignants, leur suivi est tout de même prévu et doit être multilatéral, avec des règles de transparence. À Katowice, la discussion destinée à préciser la manière dont les États doivent rendre compte de leurs actions, a largement occupé les débats : faut-il des règles de suivi strictes ou flexibles ?

Sur tous ces points, les négociations entre États sont particulièrement laborieuses, d’autant que le contexte déjà marqué par le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris après l’élection de Donald Trump est aujourd’hui troublé par la menace du nouveau président du Brésil de faire de même…

La question sociale, l’autre enjeu…

La nécessité d’une transition socialement juste avait certes été introduite dans l’accord de Paris, mais reléguée à son préambule, à l’état d’option, alors que le mouvement syndical international demandait que ce point figure à titre d’ engagement dans l’article 2.

L’amendement demandé par la Confédération syndicale internationale (CSI) stipulait Cet accord doit être appliqué en assurant une transition juste pour les travailleurs et la création de travail décent et de qualité, en accord avec les priorités de développement définies nationalement.

La question sociale va-t-elle enfin être intégrée cette année dans le règlement de l’Accord de Paris ? C’est en tous les cas ce qu’espère le mouvement syndical international.

Dans ce contexte, les organisations syndicales présentes à la COP 24, dont FO représentée par Béatrice Clicq, secrétaire confédérale, ont soutenu la « Déclaration de Silésie sur la solidarité et une transition juste » proposée par le gouvernement polonais, soutenue par l’Union européenne et déjà signée par une cinquantaine de pays dont la France.

L’importance du dialogue social

Non contraignante, la déclaration souligne la nécessité de garantir une transition juste pour la main d’œuvre, créatrice de travail décent et d’emplois de qualité pour renforcer le soutien du public à l’achèvement des objectifs de long terme de l’accord de Paris.

Les États signataires prennent note de l’importance des principes directeurs de l’Organisation internationale du Travail pour une transition juste. Ils relèvent l’importance […] d’un dialogue social associant tous les partenaires sociaux pour promouvoir de hauts niveaux d’emplois, une protection sociale adéquate, et le respect des normes du travail.

La CSI a appelé tous les gouvernements à adopter cette déclaration.

Ce texte, a notamment déclaré Shanran Burrow, secrétaire générale de la CSI signifie que les travailleurs et les travailleuses, ainsi que leurs syndicats seront présents à la table des négociations et que leur voix sera entendue dans le cadre de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques climatiques. Des processus efficaces de dialogue social constituent un facteur essentiel pour apporter les changements dans les industries, les secteurs et les économies nationales qui permettront d’arrêter un changement climatique dangereux et de créer 65 millions d’emplois à faible émission de carbone d’ici 2030.

Reste ensuite le problème de la cohérence entre les engagements que les gouvernements prennent au niveau international et les politiques qu’ils appliquent nationalement…