Éducation : Avec plus de 1 500 postes d’enseignants supprimés, la rentrée scolaire 2023 s’annonce chaotique

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

© Fred MARVAUX/REA

Adopté à coup de 49.3, le budget de l’État pour 2023, qui comprend les mesures pour l’Éducation nationale, prévoit la suppression de plus de 1 500 postes d’enseignants dans le public. Pour le premier degré, c’est en tout 1 167 postes qui seront supprimés à la rentrée. Alors que l’école connaît déjà une crise de recrutement, FO exige l’annulation de ces suppressions, le recrutement de tous les postes statutaires nécessaires et la titularisation de tous les contractuels qui le souhaitent.

Conséquence des multiples recours à l’article 49.3, le budget pour 2023 et qui porte notamment sur les moyens de l’Éducation nationale n’a pas fait l’objet de débat au Parlement. Pourtant, ce texte laisse craindre le pire pour la rentrée scolaire 2023. La loi de finances prévoit près de 1 500 suppressions de postes, souligne Force Ouvrière. Pour le second degré, l’hémorragie apparaît moins importante, avec 481 postes en moins. Mais lorsque cette perte est cumulée aux 7 490 postes supprimés sous le précédent quinquennat, l’addition commence à se faire sentir dans les établissements. C’est d’autant plus hypocrite que le ministère a annoncé la réintroduction des mathématiques dans le tronc commun au lycée, en première et en terminale. Mais aucun poste n’est créé pour assurer l’effectivité de cette annonce, pointe Christophe Lalande, de la Fnec FP-FO.

Le premier degré connaît une véritable saignée avec 1 167 postes en moins pour septembre prochain. C’est la première fois depuis plusieurs années que des postes sont supprimés au niveau du primaire et de la maternelle, souligne Frédéric Volle du Snudi-FO. Pourtant, les créations de postes des années précédentes se sont révélées insuffisantes.

Dans le détail, cela représente 155 postes supprimés dans l’académie de Paris, 150 dans celle de Lille ou encore 99 en Normandie. Le ministre indique que 900 professeurs des écoles stagiaires supplémentaires seraient à temps complet en classe, estimant ainsi compenser 450 suppressions de postes, au détriment des conditions de formation de ces futurs enseignants. Pourtant, actuellement, rien ne peut garantir que cela sera effectif puisque ce chiffre dépend des lauréats au concours lequel connaît d’ailleurs des difficultés au plan du nombre de candidats.

Pour la Fnec FP-FO, L’addition dans les départements pourrait donc être encore plus salée. Car, au niveau local et sur le terrain, ces chiffres et ces suppressions de postes se traduisent par des fermetures de classes, voire l’arrêt de spécialités ou d’options dans les établissements.

Un choix économique plus que pédagogique

Du côté de la rue de Grenelle, on explique ces suppressions par la baisse de la démographie : le ministère estime qu’en 2023, le nombre d’élèves devrait diminuer de 91 000 dans le primaire, et 5 000 dans le secondaire. Des chiffres à prendre avec des pincettes, estiment les militants FO : les prévisions établies six mois avant la rentrée peuvent se révéler fausses, pointe Frédéric Volle. Et cela est d’autant plus dommageable que la baisse démographique serait justement l’occasion d’améliorer les conditions de travail des enseignants, ainsi que les conditions d’apprentissage des élèves.

Pour le secrétaire du Snudi-FO, l’école connaît actuellement plusieurs problèmes : les absences non remplacées, les classes de plus en plus chargées et le manque d’enseignants spécialisés pour les élèves en grandes difficultés ou en situation de handicap. En supprimant les postes, la situation va s’aggraver, prévient-il.

Une étude du ministère de l’Éducation, publiée en décembre, souligne d’ailleurs que la France est le pays de l’OCDE où les effectifs par classes sont les plus lourds, avec une moyenne de 22 élèves en primaire et 26 élèves au collège. La moyenne du reste de l’Union européenne s’établit respectivement à 19,3 et 21 élèves par classe.

Le dédoublement des classes de CP en éducation prioritaire est une bonne chose, mais il ne touche qu’un ou deux niveaux de l’école primaire. Est-ce pertinent d’avoir des classes de 15 élèves en CP et qu’ils soient 30 en CM1 ?, s’interroge Christophe Lalande. D’autant que cette mesure se limite aux écoles classées en éducation prioritaire. Pour le militant, c’est toutes les classes du territoire qui devraient bénéficier d’un effectif réduit.

Un chaos loin d’être inévitable

Dans ce contexte, la Fnec FP-FO exige l’annulation de toutes les suppressions de postes, le recrutement de tous les postes statutaires nécessaires et la titularisation de tous les contractuels qui le souhaitent. Car ces suppressions de postes interviennent alors que la rentrée 2022 a été marquée par les difficultés de recrutement que connaît l’Éducation nationale, et donc le recours de plus en plus important aux contractuels. Plus de 4 000 postes n’avaient pas été pourvus à l’issue des concours.

La situation ne semble pas en voie de s’améliorer pour 2023 : dans le 1er degré, il y a 38 % d’inscrits de moins aux concours qu’en 2022, et 18,5 % de moins dans le second degré, pointe la FNEC-FP-FO. Pour le syndicat, cela s’explique par une titularisation sans cesse repoussée, et le système de la mastérisation. La réforme de Jean-Michel Blanquer a encore aggravé la situation, déplaçant le concours de la fin de la première année de master à la fin de le 2e année. FO revendique l’abandon de ces réformes et le retour à un recrutement au niveau licence pour les enseignants : Cela permettrait de rétablir à nouveau un véritable vivier de candidats et de restaurer une véritable formation professionnelle initiale sous statut à l’obtention du concours.

D’autant que l’autre solution pour stopper cette hémorragie des candidats est déjà connue, et passe par la revalorisation des salaires des enseignants afin de rattraper le pouvoir d’achat perdu de ces personnels. Dans les cortèges contre la réforme des retraites, vous verrez des pancartes évoquant les salaires, les suppressions de postes… Si l’on clame d’abord notre opposition à cette réforme, nous nous mobilisons aussi sur ces sujets-là, revendiquent Frédéric Volle.

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