Emploi, IA, salaires, télétravail… Les salariés de la banque particulièrement inquiets

InFO militante par Chloé Bouvier, L’inFO militante

Dans un contexte de forte crainte sur l’emploi, notamment face au développement de l’IA, FO Banques mène bataille pour les conditions de rémunération et de travail des salariés du secteur.

Les salariés des banques sont dans la tourmente. La question du pouvoir d’achat resurgit à la suite de négociations annuelles obligatoires décevantes. En avril, les organisations syndicales, à l’exception de FO, ont signé la proposition de l’association française des banques (AFB). Nous sommes les seules à avoir refusé de signer car nous estimons que cette proposition est très insuffisante au regard de l’inflation notamment, souligne Mireille Herriberry, secrétaire de FO Banques et Sociétés Financières.

Cet accord prévoit une augmentation de 1,1 % sur les minima, avec un plancher de 450 euros. Il fixe également le salaire plancher minimal à 36 500 euros par an pour les cadres de plus de 50 ans, soit 500 euros de plus qu’actuellement. Cela ne concerne que mille salariés sur les 82 000 que compte le secteur, pointe Fabien Reinert, secrétaire adjoint de FO Banques. Les militants soulignent une forme d’hypocrisie dans ces négociations de branche, qui se déroulent après les NAO des groupes bancaires les plus importants. Ceux-ci refusent de se voir imposer des contraintes par la branche. De fait, ces accords ne concernent que les petites et moyennes entreprises bancaires, déplorent-ils.

Le sujet des rémunérations est d’autant plus brûlant dans le contexte d’inflation (+2,2% en avril) portée par la forte hausse des prix des énergies fossiles. FO BNP demande ainsi l’ouverture immédiate de négociations salariales. Dans un contexte économique déjà marqué par de fortes tensions inflationnistes, l’augmentation des coûts liés aux déplacements domicile-travail pèse lourdement sur le budget des salariés, en particulier pour celles et ceux qui ne disposent pas d’alternatives à l’usage de leur véhicule personnel, indique le syndicat. Parmi les pistes à étudier : une revalorisation salariale et la mise en place de dispositifs adaptés permettant de répondre à cette urgence sociale.

Volonté patronale d’un recul du télétravail

Le sujet du coût des trajets est d’autant plus brûlant que les directions s’attaquent de plus en plus au télétravail, en cherchant à revenir sur les accords signés il y a quelques années. À la Société Générale, le passage à un jour de télétravail, soit moitié moins qu’aujourd’hui, faisait récemment l’objet d’une réunion entre la direction et les représentants des salariés. Cette mesure, annoncée en juin dernier par la direction de la banque, doit entrer en application le 5 octobre prochain et est loin d’enthousiasmer les salariés. Selon un rapport externe du cabinet Secafi, 59 % d’entre eux préfèrent deux jours de télétravail et 29 % trois jours ou plus. Du côté de HSBC, ces mêmes discussions de restriction du télétravail apparaissent.

Plus largement, les salariés ont fait évoluer leur rythme et leur mode de vie autour de cette règle du télétravail, explique Mireille Herriberry. Cela est d’autant plus dur de renoncer à cette modalité après que l’on y a goûté. Alors que les locaux des sites bancaires ne semblent plus vraiment adaptés à un retour massif de salariés, cette volonté des directions de mettre en recul le télétravail cache pour Fabien Reinert, une forme d’hypocrisie : En revenant sur le télétravail, on va dégouter les salariés lesquels vont devoir supporter les temps et les conditions de transports. Ils seront poussés au départ et sans aucun PSE. Pour attirer les jeunes diplômés, les directions bancaires font par ailleurs étonnamment toujours état dans les récentes offres de postes de l’existence de toutes les possibilités de télétravail… Or, avec ce changement de règles, les jeunes vont partir., s’inquiète le militant.

Il nous faut être fort collectivement

Ce n’est pas le seul PSE déguisé dans le secteur. Les entreprises bancaires s’emparent de l’intelligence artificielle pour accélérer les suppressions de postes. L’an dernier, le directeur général du CCF avait annoncé dans la presse que l’IA lui avait permis de diminuer ses effectifs de 10 %, soit 1 400 postes sur deux ans, rappelle Mireille Herriberry. Et ce, alors que les entreprises se portent économiquement très bien. En 2025, le secteur affiche des résultats à hauteur de 35 milliards d’euros.

Ces menaces sur l’emploi suscitent légitimement des inquiétudes chez les salariés. Notamment pour ceux âgés, de 40 à 65 ans. Vont-ils être formés en interne pour pouvoir occuper les nouveaux métiers qui vont se créer ? Ou seront-il dégagés au profit de candidats plus jeunes déjà formés ?, questionne Fabien Reinert soulignant ainsi des temps faits d’incertitudes. Sans compter que, hors de la capitale, de plus en plus d’agences ferment, observent les élus syndicaux. Sur certains territoires, une agence qui ferme cela signifie parfois des trajets de 50km pour aller travailler, remarque le secrétaire adjoint.

Dans ce contexte garni de grandes inconnues sur l’avenir des emplois bancaires, la question de la santé mentale des salariés est incontournable. Il faut que nous, FO, soyons présents, visibles et à l’écoute de l’inquiétude des salariés. Même s’il n’est pas toujours facile de les rassurer car on sait que le marché est en pleine mutation, explique Mireille Herriberry. Face à cette situation difficile, il est d’autant plus important de faire progresser la syndicalisation. Il nous faut être fort collectivement pour peser sur le dialogue social et pour pouvoir nos mobiliser.

Chloé Bouvier

L’inFO militante Le bimensuel de la Confédération