Europe

Espagne : les retraités seront de nouveau dans la rue le 17 mars

, Evelyne Salamero

Recommander cette page

Les retraités espagnols manifestaient le 22 février 2018 dans une quarantaine de villes comme ici à Bilbao contre la trop faible revalorisation de leur pension. Photo : UGT

Après une première et impressionnante mobilisation des retraités le 22 février dernier, les deux confédérations syndicales espagnoles, l’UGT et les CC OO, appellent l’ensemble des salariés et la jeunesse à manifester massivement le samedi 17 mars pour défendre le système des pensions de retraite.

La colère des retraités gronde aussi de l’autre côté des Pyrénées. Et pas qu’un peu. Les images de ces dizaines de milliers d’anciens, impressionnants de dignité et de détermination, lors de leur mobilisation le 22 février dernier, resteront dans les mémoires. Ce jour-là, ils ont manifesté dans une quarantaine de villes d’Espagne. À Madrid, scandant sans relâche leurs slogans Nous sommes des retraités, pas des terroristes, Nous luttons pour les retraites de vos enfants » ou encore « Voleurs, voleurs !, ils ont franchi le cordon policier et avancé jusqu’aux grilles du Congrès.

Ce ne sont pas seulement les retraites présentes qui sont en jeu, mais aussi les futures

Cette fois, les deux principales confédérations espagnoles, l’UGT (Union générale des travailleurs) et les CC OO (Commissions ouvrières) qui ont soutenu cette première mobilisation, appellent l’ensemble des salariés, actifs et retraités, à manifester massivement à travers tout le pays le samedi 17 mars pour défendre le système public des pensions de retraites. Le secrétaire général de l’UGT, Pepe Alvarez, a également appelé les jeunes à participer à ces manifestations, soulignant : Ce ne sont pas seulement les retraites présentes qui sont en jeu, mais aussi les futures.

La revendication immédiate est le rétablissement de l’indexation des pensions sur l’indice des prix, alors que le gouvernement ne prévoit de les relever que de 0,25 % pour une inflation qui devrait atteindre 1,5% en 2018 selon les prévisions officielles. Le taux de revalorisation avait été le même en 2017 pour une inflation de 1,2%, et ce après plusieurs années de gel des pensions au motif de la crise.

La réforme de 2013 va entraîner un appauvrissement des retraités de 30% en vingt ans

Selon des chiffres du FMI (Fonds monétaire international), rappelés début février par l’UGT, la réforme des retraites de 2013 qui a scellé l’abandon de l’indexation des pensions sur l’indice des prix, va entraîner un appauvrissement des retraités de 30% sur vingt ans.

Cette dégradation des revenus des retraités sera l’une des plus importantes dans les pays de la zone OCDE, indique la centrale syndicale qui rappelle que les revenus du troisième âge en Espagne ne représentent déjà que 63% de la moyenne de ceux des quinze pays les plus développés de l’Union Européenne.

L’UGT dénonce la démagogie et le populisme du gouvernement

Ce 15 mars, le président du gouvernement Manuel Rajoy a annoncé devant le Congrès des Députés, des baisses d’impôts pour les retraités ainsi qu’une amélioration du minimum vieillesse et des pensions de réversion.

Pour l’UGT, ces mesures sont de la pure démagogie pour tenter de faire taire la protestation unanime des retraités.

Annoncer une baisse d’impôts alors que la politique des coupes budgétaires continue, c’est du populisme, souligne-telle, rappelant au passage que les baisses d’impôts ne concerneraient que les pensions les plus élevées et donc à une minorité.

L’UGT considère insuffisante une revalorisation du minimum vieillesse en regard de la perte continue de pouvoir d’achat consécutive à la désindexation des pensions, et relève au passage que le mystère reste entier sur le montant de cette revalorisation.

Quant à la revalorisation de pensions de réversion, elle a d’ores et déjà été adoptée en conseil des ministres dans la mesure où il s’agit d’une obligation légale que le gouvernement a repoussée dans le temps pendant six ans.

En toile de fond : les menaces sur le système par répartition

La revendication des retraités portée par les organisations syndicales, d’un retour à l’indexation de la revalorisation des pensions sur la hausse du coût de la vie s’exprime au moment où se déroule un débat laborieux sur l’avenir même du système des pensions de retraite, actuellement essentiellement financé par les cotisations des salariés actifs et des employeurs (système par répartition).

Ce débat se déroule dans le cadre du Pacte de Tolède signé en 1995 entre le gouvernement et les syndicats. Ce pacte a confié le financement d’une partie des prestations (celles des personnes en incapacité de travail) à l’État, via l’impôt.

Mais un nouveau consensus sera-t-il possible plus de vingt-ans après ? Cela pourrait bien se révéler plus compliqué dans un contexte où le gouvernement Rajoy, comme le rappelle l’UGT, a dilapidé le Fonds de réserve de la sécurité sociale et où les retraités, mais aussi les actifs, les chômeurs et les précaires ont subi depuis dix ans et continuent de subir des restrictions budgétaires et salariales drastiques.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

Sur le même sujet

Vidéos sur le même sujet

Dossiers sur le même sujet

Mots-clés associés

En complément

Agenda

Tous les événements à venir

  • Mardi 25 septembre de 07h50 à 08h00

    RFI
    Pascal Pavageau sera l’invité de Frédéric Rivière sur RFI.