Quels éléments peuvent satisfaire en cette rentrée ?
Frédéric Souillot : On peut se réjouir que ― illustration de la démocratie sociale ―les organisations syndicales et patronales disent ― très majoritairement ― ne nous laissons pas instrumentaliser par la campagne [pour les présidentielles, NDLR] et donc, reprenons la main via notre agenda social autonome. J’en suis convaincu : nous n’avons pas le choix, il faut se parler. Notamment pour une raison : paritairement, nous gérons plus d’argent que ce que représente le budget de l’État.
Sur le thème du « modèle productif », FO va continuer à parler du financement de la protection sociale collective et des salaires, de la question de la souveraineté industrielle. Parler aussi de la manière dont on anticipe les effets du dérèglement climatique et donc comment on met en place la transition écologique et énergétique.
On parlera aussi notamment de l’orientation, des reconversions professionnelles. Et aussi de l’intelligence artificielle.
Au sein de cet agenda autonome qui va commencer avant la fin septembre et s’étirer jusqu’à février ou mars, on souhaite un travail permettant de se projeter à vingt ans. Comme on n’a plus d’État stratège, nous les interlocuteurs sociaux nous prenons la main pour reparler stratégie, projection et avenir. Travaillons pour se redonner l’envie de faire en sorte que notre République, au centre de l’Europe et l’une des puissances mondiales, retrouve sa place.
Il faut donc accélérer les discussions [pour aboutir à des accords interprofessionnels, NDLR]. Le but de tout cela est en particulier de redonner de l’attractivité à l’emploi, au travail. Dans le cadre des discussions sur le modèle productif, on est tous tombés d’accord, on va rediscuter aussi de la reprise de la gouvernance de notre système de retraite par répartition, comme avant 1996. Dans trois ans, on se remettra autour de la table pour la gouvernance du système d’Assurance maladie. Et il faudra aussi parler à un moment de celle de notre système d’assurance familiale.
Par ailleurs, et je suis prêt à le dire dans la discussion, je pense que pour nombre d’emplois non délocalisables et au Smic (dans les services, la sécurité, …), il faut augmenter fortement les salaires. Face à l’inflation, FO demande aussi une politique publique sur les prix des produits de première nécessité, leur blocage, ou une baisse de TVA. Le patronat quant à lui dit régulièrement qu’il faut réduire ce qu’il appelle les « charges », qui sont en réalité des « cotisations » et qui financent notre protection sociale. Il dit qu’il faut arrêter de faire peser sur le travail tout ou en partie ce qui concerne la retraite, l’Assurance maladie et familiale. J’ai rappelé que chacun en France, actif ou retraité, participe par ses revenus au financement de la protection sociale collective. La CSG, la CRDS et la TVA représentent ainsi plus de 52 % de ce financement.
FO fait remarquer par ailleurs encore que contrairement à ce qu’affiche l’exécutif, présentant les aides publiques comme une politique publique en faveur de l’emploi, on sait que la politique de l’offre de fonctionne pas, en tout cas pas pour l’emploi, et que le taux d’actifs inscrits à l’Assurance chômage augmente. Ceux qui versent des dividendes à leurs actionnaires ont-ils besoin d’avoir des aides publiques pour faire fonctionner leurs entreprises ? Je pense que non. On pourrait par exemple définir à partir de combien de dividendes il n’y a plus d’aides. Je rappelle aussi au passage que l’on a signé un accord sur le partage de la valeur, entre salariés et employeurs…
Quels sont les éléments, anciens ou nouveaux, qui ont tendance à fâcher ?
Frédéric Souillot : Dans le cadre de la transition écologique, on doit bien évidemment changer les choses, on peut reprocher à l’exécutif de vouloir changer tout et trop vite. Par ailleurs, à FO, on ne fait pas l’aumône ― FO n’est pas favorable aux chèques énergie, etc. ― mais on veut des augmentations de salaires. Alors le concours Lépine des mauvaises idées… Comme actuellement certains qui évoquent une TVA sociale, vantent un mécanisme pour augmenter le salaire net et non le brut… On a l’expérience de la suppression en 2017 de la cotisation salariale sur l’Assurance chômage… Ça ne fonctionne pas. J’ai le mandat, depuis le dernier congrès, de faire en sorte que soit remise une cotisation salariale d’Assurance chômage. Dans le cadre d’une gestion paritaire, il faut qu’employeurs et salariés payent des cotisations. L’exécutif approuve le fait que l’on essaye d’aller vers cela dans le cadre de l’agenda autonome.
Le salaire, c’est le salaire brut mais aussi le salaire différé. À noter que les engagements pris lors de la conférence sociale d’octobre 2023 concernant le fait de sévir contre des branches qui auraient des minima sous le Smic, n’ont pas été mis en place. Cette année, le Premier ministre et le ministre du Travail ont décidé que les allègements de cotisations sociales patronales ne seraient pas indexés à la hausse du Smic. Le patronat a râlé car il a perdu 2 milliards d’euros en allègements généraux mais pour lui, depuis 2017, c’est quand même le jackpot avec des allègements passés de 37 milliards d’euros à près de 80 milliards actuellement. Nous ne sommes pas contre les aides publiques versées aux entreprises, mais il faut une conditionnalité à leur octroi. Depuis 2022, c’est d’ailleurs FO qui a particulièrement mis le sujet sur la table. À noter que la prime d’activité joue aussi contre les augmentations de salaires.
En cette rentrée, on entend encore le discours travailler plus et plus longtemps
… Or, le vrai problème est que l’on n’est pas assez nombreux à travailler.
Le sujet c’est donc plutôt : comment crée-t-on de l’emploi. FO va faire valoir sa revendication ― déjà émise après 1995 où a été mise en place l’ARPE ―, soit l’emploi d’un jeune dans le cadre du départ d’un ou deux anciens. Car la question est comment faire baisser le taux de chômage des moins de 25 ans, actuellement de 22 %.
Autre question, celle des recettes pour l’État (par différentes réformes récentes, il s’en est privé) et des moyens pour les services publics. Il faut cesser de considérer la fonction publique et ses agents comme un coût, mais les voir comme une richesse. Le sujet des services publics comme celui de la souveraineté industrielle et de la transition écologique, cela a à voir avec les investissements, nécessaires pour notre avenir. Bref, il faut là encore anticiper.
FO Jeunes se retrouve le 16 septembre à Marseille
CLARISSE JOSSELIN |
