Congrès FEC-FO

La Fédération des employés et cadres au cœur de la transformation du travail

, Nadia Djabali

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L’une des plus grandes fédérations de FO a tenu son 55e congrès à Lille entre le 23 et le 27 octobre 2017. Parmi les sujets évoqués par ses 1 500 délégués, les ordonnances réformant le Code du travail mais également la transformation du travail et ses conséquences sur l’emploi et la pratique syndicale.

Toutes les têtes sont tournées vers la tribune surplombant l’auditorium du Grand Palais de Lille. La Sécurité sociale nous appartient, elle est à nous, lance Serge Legagnoa au micro. Une phrase qui fait mouche à en juger la salve d’applaudissements que le secrétaire général de la FEC-FO déclenche immédiatement. Car si la FEC-FO est une fédération du secteur privé, elle tient à rappeler son attachement à des services publics de qualité et de proximité garants des principes républicains d’égalité.

Le congrès est un rendez-vous pour renouveler les instances et pour recharger les batteries, mais pas que. Il est également une occasion de faire un point sur les problématiques rencontrées par les onze sections professionnelles que compte la FEC. Avec 50 000 adhérents, la Fédération défend les salariés de 130 conventions collectives dans les services et le commerce non alimentaire.

Serge Legagnoa, Secrétaire général de la FEC-FO.

Une diversité ressentie comme une richesse, raconte Serge Legagnoa. Nous touchons des populations extrêmement variées dans leur composition sociale. Cela peut aller de la femme à temps partiel qui travaille au Smic dans un commerce au salarié du consulting qui gagne plusieurs milliers d’euros. Même si les niveaux de rémunération ne sont pas comparables, cette diversité offre à la FEC-FO une vision assez large des impacts générés par le climat économique, les transformations technologiques ou les politiques publiques.

Un contexte social chargé

Cette année, le rendez-vous a lieu dans un contexte social plutôt chargé. Parmi les interventions qui se succèdent à la tribune, un fil rouge émerge, celui de l’opposition aux ordonnances réformant une fois de plus le Code du travail. Le dossier inquiète énormément et l’ensemble de la fédération est sur le même positionnement, déclare Serge Legagnoa. Parmi les sujets qui fâchent le plus, la fusion des instances représentatives du personnel, les moyens dévolus aux représentants et la disparition du CHSCT.

Attendu sur cette question, Jean-Claude Mailly a rappelé qu’il fallait faire le tri entre les avancées, les mauvais coups évités et les éléments négatifs. Estimant, au final, que l’équilibre n’y est pas, le secrétaire général a martelé la position de FO adoptée lors du CCN des 28 et 29 novembre : Nous demandons le retrait des dispositions auxquelles nous sommes opposés mais pas le retrait global des ordonnances, car ce serait demander le retrait de ce qu’on a obtenu.

Un budget 2018 montré du doigt

Mais au-delà de ce sujet crucial, bien d’autres thèmes sont dans tous les esprits. Car malgré des signaux positifs de reprise économique, une ombre au tableau suscite bien des inquiétudes. Le chômage toujours au plus haut notamment chez les jeunes et les seniors. Et ce, malgré plus de trente ans de politique consistant à flexibiliser le marché du travail. Flexibiliser le travail, c’est réduire le chômage, une assertion que récuse le secrétaire général de la FEC : c’est faux, totalement inefficace et dangereux socialement, économiquement mais aussi démocratiquement.

Autre sujet qui fâche : le budget 2018, qui fait la part belle aux restrictions budgétaires alors que la fiscalité sur le capital et les biens financiers, est fortement revue à la baisse. L’ISF n’est que le haut de l’iceberg, prévient Serge Legagnoa. Qui paiera et qui fera les frais de tout cela ? Le secrétaire général énumère les mesures profitant aux plus aisés et aux entreprises. Également dans la ligne de mire, la transformation du CICE en allégement de cotisations sociales ainsi que les 4 milliards d’économies qui vont plomber le fonctionnement de la Sécurité sociale et des hôpitaux.

L’adaptation aux nouvelles technologies

Cet inventaire de désaccords et d’inquiétudes s’allonge lorsqu’on entre dans le quotidien des onze sections professionnelles composant la FEC-FO. Un thème cependant revient comme un mouvement de balancier. Celui de la transformation à grande vitesse du monde du travail et son adaptation aux nouvelles technologies issues de la révolution numérique. Économie de plateforme, intelligence artificielle et robots, de nombreux métiers sont concernés avec des conséquences sur l’emploi et le contrat de travail, mais également sur la pratique syndicale. Difficile pour le moment de connaître les impacts réels. La FEC-FO souhaiterait que cette révolution soit inscrite à l’ordre du jour des discussions dans les branches mais les réticences des organisations patronales sont difficiles à lever.

Délocalisations dans les assurances

Du côté de la section des assurances, touchées elles aussi par cette révolution de l’intelligence artificielle, on évoque également la dissolution progressive de l’ensemble des accords conventionnels qui ont permis de construire des garanties collectives. C’est surtout le cas dans les domaines de la prévoyance santé et retraite, indique la section fédérale des assurances. Les entreprises de la branche se demandent pourquoi elles continueraient à payer des cotisations de prévoyance à hauteur de 92% alors que leur seule obligation légale est que leurs salariés soient couverts par une complémentaire santé respectant un panier de soin au ras des pâquerettes et un rapport cotisation à hauteur de 50%.

Autre inquiétude, les délocalisations qui touchent la profession avec comme exemple la filiale française de AIG qui a externalisé en Pologne et en Inde toute une partie de sa gestion des sinistres.

Concentration dans les mutuelles

Les mutuelles, quant à elles, connaissent actuellement un vaste mouvement de concentration. À l’instar du nouveau géant baptisé Vyv, qui devient le premier groupe de protection sociale mutualiste français. Issu du rapprochement d’Harmonie mutuelle, la MGEN et Istya, il emploie 35 000 salariés et assure 10 millions de personnes pour un chiffre d’affaires de 9 milliards d’euros.

En 10 ans, le nombre de mutuelles est passé de 1 158 en 2006 à 444 fin 2016. Pour la première fois, alerte une déléguée FO des Deux-Sèvres, les effectifs dans ce secteur sont en baisse à Niort. Notamment à cause des externalisations qui atteignent maintenant les cœurs de métiers.

La Maif s’est lancée dans le management par la confiance. Un concept qui met en place des directrices du bonheur et des directeurs des richesses humaines. De quoi accompagner les inquiétudes des 7 000 salariés vers la digitalisation de l’entreprise érigée en 2016 comme un enjeu prioritaire.

Stress et fermetures d’agences dans les banques

Quant aux salariés des banques, ils sont également sous haute pression. Une situation révélée par l’augmentation des salariés en souffrance dans le réseau commercial. À la BNP, un salarié sur trois est en hyper stress, relève un délégué de FO banque. La polyvalence est maintenant imposée à tous, poursuit-il. Ils doivent passer coûte que coûte des produits d’assurance. Quant à l’avènement de l’intelligence artificielle dans les agences, le système Watson d’IBM équipe déjà 20 000 chargés de clientèle.

L’heure est aux fermetures d’agences. LCL par exemple ferme ses agences les unes après les autres. 250 fermetures sont prévues d’ici 2020. Un PSE concerne 1650 postes en agence et en back office, rappelle un délégué de FO Banques

Résister à l’ouverture dominicale

La section commerce n’est pas en reste. Les derniers plans de licenciements ont concerné André, Kookaï, La Halle,Tel&Com, Bata, Office Dépôt, Conforama, Fnac, Darty, La Redoute, Tati… la liste est longue comme un jour sans pain.

Parmi les combats les plus emblématiques de ces dernières années, celui contre le travail dominical. Tracts, communiqués de presse, plateaux télés et radios, blog, négociations dans le bricolage, mobilisations, le combat contre l’ouverture des magasins le dimanche a toutefois débouché sur des points positifs comme le développement de FO chez Leroy Merlin, Castorama et Conforama. Et c’est avec un tonnerre d’applaudissement qu’a été accueillie la remarque d’une déléguée de Gironde de FO Commerce : Je vous appelle à ne pas aller dans les commerces les dimanches et jours fériés.

La syndicalisation comme rempart

Face à tous ces défis, le développement de la syndicalisation s’impose et la FEC prône un objectif de 3 000 adhésions supplémentaires dès 2018. Le monde change, chers camarades, résume une déléguée. Et le fait est que l’organisation du travail a terriblement changé ces dix dernières années. La digitalisation va s’imposer et le syndicalisme va devoir s’adapter. La confédération et la fédération devront plus que jamais être en soutien et créer des structures de proximité et des sections dans les entreprises. La syndicalisation dépend de cela.

À noter la table ronde consacrée aux jeunes dans l’insertion professionnelle et l’engagement syndical qui s’est tenue avec les présidents des deux syndicats étudiants Fage et Unef, Michael Aouizerat pour FO Jeunes et Pascal Pavageau. Ce dernier a ainsi dénoncé les tentatives visant à instrumentaliser la jeunesse contre les garanties dont bénéficient les salariés. Ainsi, un certain discours en vogue veut que les nouvelles formes de travail qui apparaissent devraient se traduire par de nouvelles formes d’emploi, dérogatoires au CDI voire au statut de salarié.

Puis, Philip J. Jennings, le secrétaire général d’Uni Global Union – structure internationale dont la FEC est membre – a salué les congressistes dans une allocution placée sous le signe de la positivité et de l’espoir.