Les années folles

Histoire par Christophe Chiclet, journaliste L’inFO militante

Incendie d’un tramway de la ligne Saint-Germain par les grévistes des transports au printemps 1919 avec intervention de la troupe à cheval.

Au sortir de la grande boucherie de 14-18, les Françaises et les Français veulent vivre et s’amuser. Les travailleurs veulent bénéficier de la reconstruction. Mais de sombres nuages s’amoncèlent.

En novembre 1918, le bilan est lourd dans le pays : 1,4 million de morts, 800 000 veuves, 15 000 gueules cassées, 450 000 maisons détruites. Dans l’art et la littérature apparaît le mouvement dada, l’Art déco dans l’architecture, Coco Chanel dans la mode féminine libérée, Mistinguett et aussi Joséphine Baker qui danse seins nus dans les music-halls. Artistes et écrivains d’avant-garde se retrouvent dans les brasseries bon marché autour de Montparnasse. L’écrivain américain Henry Miller, arrivant à Paris en 1920, écrit : La première chose qu’on remarque à Paris, c’est que le sexe est dans l’air. Ayant gagné leur liberté économique dans les usines, les ateliers et les bureaux, les femmes sont à l’avant-garde de ce mouvement d’ouverture et de liberté. Les robes se raccourcissent, comme les cheveux. C’est l’époque des garçonnes qui fument, boivent et dansent, sans retenue. Dès le 21 janvier 1920, le synode des évêques de France proteste contre les danses et la mode féminine et le 31 juillet une loi interdit l’avortement et la contraception !

Revendications ouvrières

Depuis 1914 les salaires sont bloqués et avec la démobilisation des soldats le chômage refait son apparition. Du 2 au 28 juin 1919, la métallurgie parisienne est en grève générale, demandant une augmentation des salaires. Les exemples russe et hongrois aiguillonnent nombre de syndicalistes de base qui rêvent de se débarrasser du capitalisme. En février 1920 des grèves éclatent dans les mines. Les cheminots suivent. Le 3 mai, la fédération CGT des cheminots appelle à la grève générale. Le métro parisien entre dans la danse, puis les métallos et le bâtiment le 7 et les électriciens-gaziers le 11. Alexandre Millerand, président du Conseil, casse le mouvement en révoquant 15 000 cheminots. La SFIO et la CGT sont en train de se déchirer à la suite de la fondation de l’Internationale communiste (IC) à Moscou le 2 mars 1919. En effet, l’IC appelle les communistes à fonder des PC et à prendre la direction des centrales syndicales. Au congrès de Tours (25-30 décembre 1920), une partie, minoritaire, de la SFIO la quitte et fonde le PCF. Quelques mois plus tard, au congrès de Lille de la CGT, une minorité quittera celle-ci et fondera la CGT-Unitaire. Le mouvement syndical français vient de vivre sa première scission.

 

Le dadaïsme

Dès l’origine, le mouvement littéraire et artistique « dada » se réclame du « socialisme, de l’altruisme et du synonymisme ». Tristan Tzara, un de ses membres les plus éminents, le définit ainsi : « Ce que nous voulions c’était faire table rase des valeurs en cours, mais au profit, justement, des valeurs humaines les plus hautes. » Le dadaïsme donnera naissance au surréalisme.

Photographie ci-contre : André Breton au festival Dada à Paris, en 1920, portant une pancarte dessinée par Francis Picabia.

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