Malgré l’inflation, Amazon rechigne à augmenter ses salariés

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© Sylvie HUMBERT/REA

La direction du géant de la distribution a refusé de monter au-dessus de 3,5% de hausse générale des salaires, bien que le salaire de base – autrefois nettement au-dessus du Smic – ait été rattrapé par le minimum légal. Dans un groupe aux bénéfices records mais aux conditions de travail difficiles, l’entêtement de la hiérarchie passe mal. De son côté, par son travail de terrain, FO est de plus en plus implantée dans les entrepôts et compte bien par une audience accrue pourvoir peser pour faire aboutir les revendications des salariés.

Une décision unilatérale de l’employeur : Christophe Bocquet, élu FO au CSE du site d’Amazon France à Lauwin-Planque (Nord), ne décolère pas. Malgré des débrayages et des blocages de camions menés début avril sur les huit sites logistiques du pays, la direction du géant de la distribution n’a accordé que 0,5% d’augmentation de plus qu’avant la grève, passant de 3 à 3,5% de hausse générale, quand les salariés réclamaient au moins 5% afin de compenser l’inflation.

Ça nous semblait très raisonnable, raconte Christophe Bocquet. En effet, Amazon s’est longtemps targué de payer ses 15 500 salariés français au-dessus du Smic : un employé commence sa carrière dans l’entreprise à 10,88 euros brut de l’heure. Or, avec les récentes revalorisations automatiques du Smic, le salaire minimum est aujourd’hui fixé à 10,85 euros brut. Le salaire de base chez Amazon a peu à peu été rattrapé par le minimum légal. A noter que face à cette situation de salaires pour le moins faibles, en 2021, le géant international Amazon a réalisé 33 milliards de dollars de bénéfices...

Chez les salariés, la grogne s’installe

Seule la CFE-CGC a signé la proposition salariale de la direction. Si FO n’est à ce jour pas représentatif au niveau national, son implantation progresse sur de nombreux sites du groupe, dont celui de Lauwin-Planque, où les candidats FO ont frôlé la barre des 10% à trois voix près aux dernières élections. Très connecté au terrain, Christophe Bocquet a ainsi senti monter une vraie grogne, un vrai ras-le-bol des salariés et qui se fait de plus en plus fort.

Plus globalement, le mécontentement est devenu récurent chez Amazon. Et pour cause : les demandes des salariés concernant les conditions de travail, de plus en plus difficiles, n’ont pour l’instant pas abouti. Lors des différents débrayages, les grévistes demandaient notamment la mise en conformité de la société avec la Convention collective du transport routier sur les questions de classification professionnelle. La décision unilatérale d’Amazon a donc un goût amer pour les travailleurs : Ce n’est pas un plaisir de faire grève, souligne Christophe Bocquet. Les salariés étaient essoufflés par la perte de salaire, c’est déjà très difficile dans la situation actuelle. Au final, on sait très bien malheureusement qu’Amazon se fiche royalement de tout ça et a la possibilité de faire partir des marchandises d’autres entrepôts relevant d’autres entités juridiques, afin de limiter l’impact de la grève.

Des cadences imposées par un algorithme

A l’heure du règne des algorithmes dans les entrepôts, les conditions de travail sont, elles, de pire en pire, dénonce Christophe Bocquet. La pénurie de cadres et d’agents de maîtrise se fait sentir et souligne ces mauvaises conditions de travail. La direction a reconnu un problème d’accompagnement des cadres à leur arrivée. Ils arrivent sans expérience, se retrouvent lâchés dans l’arène et font des burn-out.

Le militant dénonce une ambiance d’intimidation des salariés lorsqu’ils ne tiennent pas les cadences attendues, même quand elles sont impossibles à atteindre. On reçoit des lettres de sensibilisation à la productivité lorsque la direction considère que l’on prend trop de temps de pause inopinés, s’insurge l’élu FO. En fait, quand on scanne un article pour l’enregistrer, si huit minutes plus tard on n’en a pas scanné un autre, la direction nous considère en pause. Mais l’entrepôt fait 90 000 mètres carrés : on est juste en train de marcher pour trouver une place pour l’article !

Un procès aux Prud’hommes pour discrimination syndicale

Christophe Bocquet fait par ailleurs un lien entre des attitudes de la direction relevant de la répression syndicale et la mobilisation des salariés. Fin mai, le militant s’opposera ainsi à son employeur devant le Conseil de Prud’hommes pour discrimination syndicale. J’ai fait partie des premiers embauchés sur le site en 2013. A l’ouverture, j’avais des fonctions de formateur, d’agent de maîtrise et de cadre. Depuis le début de mon engagement syndical, j’ai été renvoyé à des fonctions de manutention basique de premier échelon.

Le militant FO espère, en cas de victoire, que son dossier servira d’exemple. Car il entend bien rester chez Amazon, et continuer de lutter pour les salaires et les conditions de travail. FO est implantée de plus en plus dans les entrepôts. Aux élections de l’année prochaine, on a même espoir de devenir représentatifs au niveau national. En tout cas, sur le terrain, on fait tout pour. Il y a énormément de choses à faire ici en faveur du respect du Code du travail, car pour la direction, il n’y a que le code Amazon.

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