Protection sociale

Offensive gouvernementale contre les aides sociales

, Nadia Djabali

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Bien que toutes les études sérieuses affirment le contraire, le gouvernement juge les aides sociales inefficaces. Un argument destiné à faire des économies sur les aides ciblant les plus pauvres. Force Ouvrière appelle à la plus grande fermeté pour la préservation du modèle social et républicain.

Après le premier coup de rabot de 5 euros en juillet 2017, les APL vont subir cet automne une non augmentation qui en moyenne devrait ôter entre 4,20 euros et 4,68 euros de pouvoir d’achat aux allocataires, soit près de 10 euros mensuels. Rappelons que la moitié des allocataires des aides au logement vivent sous le seuil de pauvreté et 80 % des bénéficiaires ont des revenus inférieurs ou égaux au Smic.

Une tendance à la baisse des aides sociales qui ne risque pas d’être endiguée à en croire le discours d’Emmanuel Macron au congrès de la Mutualité française. Aussi vrai que la réponse à la pauvreté ne saurait être monétaire, les solutions que nous devons apporter au problème ne sauraient être budgétaires, a-t-il martelé le 13 juin à Montpellier.

Une logique d’individualisation

Pour Pascal Pavageau, secrétaire général de FO, présent au congrès de la Mutualité française, le discours d’Emmanuel Macron illustre bien la volonté du gouvernement qui, sous couvert de responsabilisation des individus, déroule sa logique d’individualisation. C’est une logique de chacun pour soi et au bout du bout une logique d’opposition des uns contre les autres.

Une grande partie du discours du président de la République a été centré sur l’inefficacité » des aides sociales. Un argumentaire largement contredit par les nombreuses études publiées sur le sujet. Si par efficacité [des aides sociales], il faut entendre la capacité à réduire de manière comptable la pauvreté, la réponse est clairement positive, signale l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

La France au-dessus de la moyenne

Cette institution gouvernementale rattachée au ministère des Solidarités et de la Santé cite le rapport annuel 2017 du Comité européen de protection sociale. Le document indique qu’en France, l’impact des transferts sociaux pour la réduction de la pauvreté des personnes en âge de travailler est significativement supérieur à ce qu’il est en moyenne dans l’ensemble de l’Union européenne (43 % contre 33 %) ; corrélativement, l’intensité de la pauvreté y est très sensiblement plus faible qu’en Europe en moyenne (15,7 % contre 24,8 %). L’Observatoire ajoute que le rapport qualifie de « points forts » ces aspects de la stratégie française « d’inclusion active » liés à la robustesse du filet de la protection sociale.

De son côté, l’Insee précise qu’en 2016, les prestations sociales contribuaient pour 65 % à la réduction des inégalités. Les 10 % des ménages les plus pauvres disposent d’un niveau de vie moyen avant redistribution de l’ordre de 3 080 euros par an, contre 72 690 euros pour les 10 % les plus aisées, soit 23,6 fois plus. Après redistribution, ce rapport passe à 5,7.

Impasse sur les travailleurs pauvres

L’intervention présidentielle prône une responsabilisation qui permet l’émancipation dans et par le travail. Or ce discours fait totalement l’impasse sur les 700 000 salariés vivant sous le seuil de pauvreté parce que travaillant à temps partiel avec de très bas salaires ou embauchés en contrats courts. Et si en 2017, 280 000 emplois ont été créés dans le privé, les CDD de moins d’un mois constituent 70 % des offres d’emplois.

Mais qu’importent les chiffres réels, lorsqu’il s’agit de faire des économies plutôt que d’améliorer le sort des plus modestes. La vraie question aujourd’hui, c’est : à quoi sert notre système de protection sociale, comme à quoi sert notre service public républicain, relevait Pascal Pavageau au Congrès de la Mutualité. Ils répondent à des besoins. Et ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est réformer sans partir des besoins.

FO appelle à la fermeté

Quelques jours avant le discours du président de la République, Force Ouvrière prévenait : En déplorant le pognon de dingue que coûtent les minimas sociaux sans parvenir à endiguer la pauvreté, c’est une nouvelle attaque contre notre modèle social et républicain qu’assène le président de la République. Face aux multiples offensives, Force Ouvrière appelle à la plus grande fermeté pour la préservation de notre modèle, porteur des valeurs d’égalité et de solidarité, dont les aides sociales sont à la fois la corde et la digue.