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Quand le recul de l’âge de la retraite appauvrit les seniors

, Valérie Forgeront

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Pour les seniors, le report à 62 ans de l’âge de la retraite peut induire une baisse de leur niveau de vie. © F. BLANC

Enquête Le report à 62 ans de l’âge légal de départ en retraite pèse sur les régimes gestionnaires des pensions d’invalidité et sur les dépenses d’allocations de minima sociaux, révèle une récente enquête. Ce report impacte aussi le niveau de vie des seniors.

Le report de l’âge légal de départ en retraite de 60 à 62 ans, instauré par la réforme des retraites de 2010, induit-il un surcoût sur les dépenses au titre des pensions d’invalidité et sur celles relevant des minima sociaux ? Oui, répond la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) dans un dossier réalisé à la demande du Conseil d’orientation des retraites (COR). Décidée sur fond de chômage massif, subi notamment par les seniors, cette réforme décale les départs en retraite ce qui induit des surcoûts. Les dépenses supplémentaires pour les prestations d’invalidité seront ainsi d’environ 1,2 à 1,5 milliard fin 2017, cela par une augmentation de 20 % à 25 % du nombre d’invalides, indique ainsi la Drees. À l’effectif de personnes déjà sous statut d’invalidité avant 60 ans, il faudra en effet ajouter l’effectif de celles âgées de 60 à 62 ans arrivant sous statut d’invalidité (125 000 à 150 000 personnes) et non de retraité. Les dépenses supplémentaires impactant les minima sociaux seraient quant à elles de l’ordre de 600 millions par an. Environ 80 000 personnes supplémentaires, soit 5 % de la classe d’âge des 60-62 ans percevraient ainsi une des trois allocations relevant de minima sociaux : le RSA socle, l’AAH (handicapés) ou l’allocation de solidarité spécifique (ASS).

Une fin d’activité contrainte

Le ministère du Travail note que la proportion de personnes « ni en emploi ni en retraite » est de 18 % pour celles âgées de 50 ans, mais de 29 % pour celles âgées de 60 ans. La Drees confirme. Ces personnes sont principalement au chômage, en invalidité ou encore (mais très peu) en préretraite. En 2014, 68 % des personnes interrogées par le COR déclaraient que leur fin d’activité relève plutôt d’une contrainte que d’une décision de leur part. Le licenciement et les problèmes de santé arrivent en tête de ces contraintes. Pour la Drees, la situation de ces seniors fait craindre le développement de poches de pauvreté aux alentours de 55-60 ans. Coincées dans une sorte de zone grise, ces personnes ne parviennent plus à retrouver un emploi et ont épuisé leurs droits dans les divers régimes sociaux. La moitié des 55-60 ans hors emploi et hors retraite perçoivent des prestations sociales (allocations chômage, préretraite) ou des pensions (invalidité, réversion…). À elles seules, les allocations chômage et les pensions d’invalidité représentent chacune environ une personne sur quatre parmi celles ni en emploi ni à la retraite entre 55 et 60 ans. Reporter toujours et encore l’âge légal de départ en retraite conduirait-il à créer une nouvelle forme de pauvreté chez les seniors ? 

Focus : L’inutile allongement des carrières L’ampleur des situations hors de l’emploi avant la retraite est un frein à l’efficacité des réformes puisqu’elles limitent les marges de manœuvre pour réussir […] à accroître le nombre de cotisants au système, ainsi qu’à réduire les masses de prestations versées, analyse la Drees pour qui l’allongement des durées de carrières ne profite ni aux caisses de retraite, ni davantage aux autres comptes sociaux du fait du risque d’une bascule de personnes […] vers d’autres dispositifs sociaux, tels que le chômage ou l’invalidité.

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Éphéméride

13 décembre 1980

État de guerre en Pologne
Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste. Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en (...)

Parties des chantiers navals de la Baltique en août 1980, les revendications ouvrières vont déferler sur la Pologne, finissant, après moult rebondissements, par affaiblir le régime communiste.

Les ouvriers polonais ont une longue tradition de luttes. Ils se sont déjà révoltés en 1956, 1968 et en 1970, lorsque, à Szczecin la grève paralyse les chantiers navals et qu’un comité de grève est élu démocratiquement avec à sa tête Edmund Baluka.

En juillet 1980, des grèves éclatent dans tout le pays suite à l’augmentation de 100% du prix de la viande. Mais l’étincelle vient d’un fait beaucoup plus mineur. Le 13 août, Anna Walentynowicz, une syndicaliste est licenciée des chantiers navals Lénine de Gdansk. Le lendemain, les 16.000 ouvriers débrayent, demandant la réintégration de l’ouvrière et une augmentation de 130 francs par mois.

Le 16 août, tous les ports de la Baltique sont touchés et un comité de grève interentreprises (MKS) est fondé. Les transports en commun entrent à leur tour dans la danse. Le patron du parti communiste polonais, Edward Gierek, annonce le 20 août quelques « réformettes » économiques et en même temps fait arrêter une vingtaine de dissidents. La grève générale touche alors tout le pays. Affolé, le pouvoir négocie avec le leader du MKS, un électromécanicien de 37 ans ayant déjà fait ses classes dans les grèves de 1970 : Lech Walesa, renvoyé en janvier 1980 pour fait de grève.

Débordé, le gouvernement cède. Les fameux accords de Gdansk sont signés le 31 août. Pour la première fois dans le bloc communiste, des syndicats indépendants sont reconnus. Solidarnosc, Solidarité rurale et l’Association indépendante des étudiants compteront dix millions d’adhérents à la fin de l’année.Face à ce raz-de-marée, Edward Gierek passe à la trappe en septembre et le général Jaruzelski devient Premier ministre en février 1981. Moscou, à l’époque d’un brejnévisme vieillissant, mise sur ce général aux lunettes noires et fait parvenir le 4 mars à Varsovie le message suivant :« Il faut renverser le cours des événements ».

Le premier congrès de Solidarnosc, réuni à Gdansk, du 5 au 10 septembre et du 26 septembre au 7 octobre, exige des élections libres. L’agence soviétique Tass parle alors« d’orgie anti-soviétique ». Jaruzelski confirme sa position en prenant la tête du parti le 2 octobre. Contrairement à ce qu’il racontera ensuite pour se dédouaner, Jaruzelski déclare l’état de guerre, sur ordre de Moscou, le 13 décembre 1981. Solidarnosc est décapité ; Walesa est en résidence surveillée puis en prison. Les communistes pensent avoir remporté la partie. Erreur, une direction clandestine, la TKK, est mise sur pied et organise efficacement une société parallèle bénéficiant de l’aide des syndicats libres de l’occident dont FO, qui d’ailleurs portera plainte auprès du Bureau international du travail contre l’interdiction officielle de Solidarnosc en octobre 1982.

L’avènement du gorbatchévisme, la pression américaine et l’exceptionnelle résistancede la population obligent legénéral Jaruzelski à composer. Entre février et avril 1989, une table ronde réunit pouvoir et opposition. Aux élections semi-libres de juin, Solidarnosc obtient 161 sièges à la Diète. Peu après, le symbole de Gdansk, Lech Walesa, est élu président de la République. Mais alors commence une autre histoire...

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