Vabel Cosmétique : après une victoire aux prud’hommes, elles créent un syndicat FO

InFO militante par  Maud Carlus, L’Info Militante

Cinq salariées ont créé un syndicat au sein de leur entreprise, où toute représentation syndicale avait disparu depuis 15 ans. Elles ont connu leur première bataille syndicale en menant les négociations annuelles obligatoires (NAO), obtenant déjà quelques avancées.

C’est à la suite d’un conflit avec leur direction qu’une poignée de salariées de cette société spécialisée dans le conditionnement de produits cosmétiques, située à Tergnier (Aisne), ont décidé de se lancer dans le syndicalisme. Notre employeur refusait d’appliquer la convention collective de la pharmacie, nous avons donc lancé une procédure auprès des Prud’hommes avec notre CSE, raconte Nathalie Brugnon, fraîchement désignée secrétaire du tout nouveau syndicat FO.

Cette convention prévoit, entre autres, une prime d’ancienneté, des heures de nuit majorées à 40%. La justice nous a donné raison et la convention a fini par être appliquée en septembre 2018. Nous avons également perçu des arriérés de salaires.

Déjà une dizaine d’adhérentes dans l’entreprise

Après cette victoire, l’idée de se constituer en syndicat germe dans la tête des fondatrices. Nous en parlions mais nous sommes toutes novices dans le syndicalisme, donc nous avions un peu d’appréhension, poursuit la militante.

Finalement, c’est après la pandémie que les choses prennent forme et le syndicat FO est officiellement créé en juin dernier au sein de Vabel Cosmétique, qui emploie quelque 150 salariés, en grande majorité des femmes, 80% environ. Elles sont rapidement une dizaine d’adhérentes, alors que plus aucune structure syndicale n’avait vu le jour dans l’entreprise depuis 15 ans.

Premières NAO

Si les nouvelles militantes ont d’abord découvert FO en tant que salariées, par l’intermédiaire de leur défenseur devant les prud’hommes, depuis elles se sont familiarisées avec l’organisation. Il y a quelques semaines, nous avons suivi une formation découverte faite par le CFMS et dans mon cas, cela m’a confortée dans mon choix, confie Nathalie Brugnon. Les valeurs de FO, ce que nous devons transmettre et représenter, tout cela me parle appuie-t-elle, précisant que la formation a porté aussi sur la négociation, ce que l’on peut y obtenir.

Les cinq membres du bureau, qui se présentent avec humour comme en apprentissage, ont toutefois dès à présent l’occasion de mettre leurs acquis en pratique, puisque se déroulent actuellement les NAO (Négociations Annuelles Obligatoires). La déléguée Alexia Haraut est à la manœuvre. Un vrai baptême du feu tandis que les revendications ne manquent pas avec en tête de liste les salaires. Nous demandons une augmentation de 35 euros brut par mois et que la grille des salaires bénéficie d’une augmentation de 2%, car nous sommes au plus bas dans nos catégories, détaille-t-elle.

Tickets restaurant et diverses primes

Autre demande, la mise en place de tickets restaurant, une prime sur le temps d’habillage ainsi qu’une prime transport (0,27 centimes du kilomètre), la mensualisation des heures supplémentaires (elles ne sont actuellement pas payées chaque mois). Enfin, les salariés souhaitent que les temps de pause soient désormais à heure fixe, et que ces pauses soient rémunérées. Selon la convention collective de la pharmacie, précise Alexia Haraut, nous avons droit à 30 minutes de pause rémunérées à partir de 6 heures consécutives de travail, or dans l’entreprise nos pauses de 20 minutes sont décomptées de notre temps de travail.

Concernant l’organisation du travail, le syndicat a exigé de connaître les plannings horaires au minimum 3 jours à l’avance, et non plus au jour le jour comme c’est le cas actuellement. Et ceci alors même que le Code du travail prévoit un délai de prévenance de 7 jours pour les horaires. Nous savons qu’un délai de prévenance d’une semaine est impossible considérant les délais [imposés par les commandes, NDLR] des clients. Nous demandons donc trois jours.

Quelques victoires… et des refus : le combat commence à peine

Une liste de revendications taillée sur mesure pour la jeune négociatrice, qui se définit comme ferme sans aller au clash. Alors que les NAO se terminaient le 15 novembre, Alexia Haraut portant les revendications du syndicat FO avait déjà obtenu l’octroi des tickets restaurant et le principe de la mise en place d’une prime d’habillement, mais dont le montant reste à définir.

Concernant l’augmentation des salaires, l’employeur qui s’y refuse a proposé une prime d’intéressement. Il a également refusé la mise en place du délai de prévenance, le temps de pause à heure fixe et la mensualisation des heures supplémentaires. Pour l’heure, Alexia Haraut n’a pas signé le texte d’accord des NAO.

Pour ces premiers pas dans la pratique des négociations, les nouvelles militantes ont pu compter sur le soutien de l’union locale de Chauny. la présence de l’UD à nos côtés nous donne de l’assurance pour nous battre souligne Nathalie Brugnon. Une détermination qu’elles entendent poursuivre lors de leur prochaine formation de FO intitulée Je négocie.

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