Questions à Pascal Pavageau, Secrétaire confédéral FO chargé du secteur Économie, sur le bilan de la Banque publique d’investissement

Service Public par Pascal Pavageau

« Bpifrance est bien aujourd’hui une banque, c’est son caractère public qui manque ! »

FO Hebdo : Quelles appréciations porte FO sur le premier bilan d’activité de la Bpifrance ?
Pascal Pavageau : Incontestablement, la Banque publique d’investissement répond à des besoins en termes de financement des entreprises pour leurs investissements
concrets. En un an, Bpifrance a mobilisé plus de 17 milliards d’euros, soit 67 000 entreprises bénéficiaires. L’effet d’entraînement qu’elle génère sur l’économie réelle permet d’obtenir un financement des banques privées. Elle joue aussi un rôle important dans le financement de l’innovation, de la TPE aux grands groupes. En tout cela, elle répond aux objectifs inhérents à sa création et à plusieurs des revendications portées par FO, telles que la nécessité de coordonner les outils publics préexistants, via un regroupement au niveau national des organismes et/ou services publics dédiés au traitement d’actions de financement diverses (garantie, prêt, subvention, prise de participation…).

FO Hebdo : Quelles sont ses insuffisances ?
Pascal Pavageau : Le principal problème est que la Banque publique se comporte souvent comme une banque privée. Une partie de son conseil d’administration semble oublier qu’elle gère et investit de l’argent public. La stratégie Bpifrance ne vise dès lors qu’à favoriser un écosystème financier fertile pour les entreprises, sans autre préoccupation. Elle ne conditionne pas ses aides à l’emploi ou à la préservation et à l’amélioration des garanties sociales. De plus, sa politique d’intervention est déconnectée de toute stratégie nationale et publique. Comme FO l’a défendu depuis sa revendication initiale d’une Banque publique pour l’industrie, Bpifrance doit être pilotée en intégrant toutes les politiques publiques de l’État en la matière.

FO Hebdo : Ne souffre-t-elle pas aussi d’un manque d’ambition politique (impuissance du ministère du Redressement productif) et n’est-ce pas in fine un instrument financier comme bien d’autres, et non pas le bras armé de l’État au service de la lutte pour l’emploi, notamment industriel, comme on aurait pu s’y attendre 
Pascal Pavageau : L’ambition des pouvoirs publics (État comme collectivités) est bien réelle, et pas que dans les discours. Mais si Bpifrance est bien aujourd’hui une banque, c’est son caractère public qui manque ! Son rôle doit être d’accompagner la politique industrielle nationale, en particulier pour soutenir les stratégies de développement sectoriel. Et si elle doit effectivement pallier les carences des banques commerciales dans l’exercice de leur mission première de financement de l’économie –ce qui ne justifierait pas de laisser en l’état cette position des banques privées–, elle doit agir également pour reconstituer des filières industrielles porteuses, en associant les donneurs d’ordres et leurs sous-traitants, au service de l’innovation technologique et de l’emploi. Pour FO, les entreprises bénéficiant du soutien de la BPI (ou plus globalement d’aides publiques) doivent au préalable être soumises à des engagements et des contreparties sur le maintien et le développement de l’emploi, mais aussi en matière de conditions de travail et de rémunérations. En tant que soutien financier aux fonds propres des entreprises, en tant qu’actionnaires de certaines d’entre elles, l’État et Bpifrance ont des obligations sociales envers les salariés concernés. La Banque publique, qui gère de l’argent public, est en quelque sorte propriété de la République. En cela, elle est garante de l’intérêt général. La conditionnalité de ses interventions à la création et à la sauvegarde de vrais emplois reste indispensable. L’État doit l’imposer et y veiller.

FO Hebdo : Le secteur bancaire privé n’a-t-il pas été un frein dans la définition de ses prérogatives (peur de sa concurrence) ?
Pascal Pavageau : Oui, incontestablement. Son champ d’action s’est retrouvé un peu limité du fait de ce lobbying, mais aussi du fait de choix politiques restrictifs et de contraintes de la Commission européenne, qui ne supporte presque aucune intervention publique.

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