C’est sous un soleil radieux, et des températures plutôt clémentes alors que, sévissait en France la canicule, que s’est tenu le 15e congrès de la FGTA FO à Montpellier. Du 23 au 26 juin, en présence de 850 participants, dont en grande partie des délégués.
Cette fédération, au périmètre large, couvre 64 conventions collectives, des secteurs de l’artisanat alimentaire à l’agriculture, de l’industrie agro-alimentaire en passant par la grande distribution, l’hôtellerie-restauration, les services à la personne ou encore la coiffure et l’esthétique.
Ces secteurs sont aux prises avec de fortes transformations : Après le Covid, pour les salariés de première et de seconde ligne, la reconnaissance est loin d’être là. Les tensions se sont accélérées. Les restructurations permanentes et les délocalisations des grands groupes de l’alimentaire s’enchaînent, engendrant des plans sociaux. La location gérance, qu’il faut combattre, s’est accélérée dans la grande distribution, dégradant les conditions de travail et le pouvoir d’achat des salariés. On voit la précarité s’accélérer alors que les dividendes des actionnaires explosent. Nous sommes pour une répartition juste de la valeur produite par les travailleurs !
a souligné Laurent Rescanières, secrétaire général de la FGTA FO, en présentant le rapport d’activité de la fédération.
Il a tenu particulièrement à rendre un vibrant hommage aux syndicats qui ont bataillé ces quatre dernières années pour défendre les salariés, dans des contextes difficiles. Ainsi, en 2024, chez Bonduelle, après la fermeture de l’usine de Saint-Mihiel dans la Meuse, FO a réussi à améliorer pour les 159 salariés licenciés les mesures du PSE, obtenant, une indemnité supra légale de 6 000 euros par salarié et pour chacun aussi, une enveloppe de formation de 13 000 euros. A Limoges, en 2024, une grève initiée par FO, au sein de l’abattoir, en difficulté, a permis de préserver les emplois en obtenant des hausses de taxes à l’abattage.
La même année, chez Casino, face à l’immense restructuration due à la revente des hypermarchés et des supermarchés à Auchan, Carrefour et Intermarché, la SNTA-FO, 1re organisation syndicale, visant à renforcer les mesures sociales pour les 20 000 salariés changeant d’enseigne ou licenciés, a fait appel pour obtenir un report de l’audience du tribunal de commerce concernant le plan de sauvegarde de Casino. Le syndicat a obtenu une prime supra légale pour les quelques 6 000 salariés licenciés et une mission de suivi social pour les 12 000 changeant d’entreprise.
Plus récemment, chez Orangina, lorsque le groupe Suntory a décidé de fermer l’usine de la Courneuve en octobre dernier, les élus ont ferraillé pour défendre les 105 salariés licenciés : On s’est battus. On a même occupé le siège de Suntory à Neuilly. On n’a pas sauvé le site mais on a arraché un PSE avec des garanties et des dispositifs
a témoigné Youenn Le Noxaïc, délégué FO à la Courneuve.
Les salariés de la grande distribution dans la tourmente
Parmi les 58 interventions de délégués à la tribune, nombre de militants ont dénoncé les restructurations qui se multiplient dans la grande distribution, pointant notamment la casse sociale que représentent la location-gérance et la franchise : Carrefour continue de passer des magasins en location gérance. C’est une stratégie massive. Les salariés sont plongés dans une profonde incertitude sur la préservation de leur emploi et de leurs acquis sociaux
a tancé Djemel Smaili, délégué FO Carrefour dans le Var.
Chez Auchan, après un PSE impactant 1 240 personnes (contesté en justice), ce sont désormais 72 supermarchés qui vont être vendus aux Mousquetaires, 17 restant sans repreneur. Les salariés sont inquiets sur l’avenir des magasins. En tant que syndicaliste, on se doit de rester un rempart
a souligné Franck Martinaud, DSC national FO chez Auchan. Aujourd’hui, lorsque des salariés basculent en franchise ou en location gérance, ils ne conservent les acquis sociaux de leur ancien employeur que pendant 15 mois. Ensuite, les directions se contentent d’appliquer les conventions collectives à minima
a dénoncé Nathalie Devienne, du SNTA-FO. D’où la nécessité, a insisté la militante, de continuer à accompagner les salariés qui changent d’entreprise ou d’enseigne. C’est fondamental
. Lors de ce congrès, certains militants du secteur de la grande distribution n’ont pas mâché leurs mots sur la stratégie de ces grands groupes : On assiste à un véritable démantèlement d’Auchan
s’est insurgé ainsi Pierre Fostier, de FO Auchan à Cambrais, appelant à l’unité syndicale face à cette vampirisation actionnariale
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Des clauses sociales élargies pour lutter contre la location gérance
Face aux ravages sociaux dans la grande distribution, la FGTA-FO dans sa résolution générale adoptée à l’unanimité, revendique une clause sociale systématique dans les contrats, y compris pour les établissements déjà franchisés ou en location gérance, afin que les salariés conservent leurs acquis. Une avancée très attendue par les délégués du secteur : On revendique une clause sociale au-delà de 15 mois. Mais la direction refuse de l’entendre !
a ainsi expliqué Christophe Delay, délégué syndical FO chez Auchan à Aubière, dans le Puy-de-Dôme.
Même écho chez les militants d’autres secteurs, entre autres celui de la restauration rapide, ainsi chez Mc Donald’s, où FO est majoritaire. Dans cette entreprise, la franchise tend à devenir la norme. Résultat : les salariés franchisés perdent des acquis sociaux, notamment les majorations salariales pour le travail dominical ou pour le travail de nuit. Il faut mettre un coup de frein à ce modèle. Et instaurer des clauses sociales protectrices
a renchéri Christian du Moulin, DSC FO de McDonald’s. Cette clause sociale élargie reste une priorité pour la FGTA FO. Réélu pour un nouveau mandat lors du congrès, Laurent Rescanières l’a assuré : Nous serons très attentifs au suivi de cette revendication. Soyez-en sûr
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Filières viticole et agroalimentaire : défendre l’emploi et les conditions de travail
Lors du congrès, des militants sont revenus aussi sur la récente crise des ventes à l’exportation du cognac charentais, très fortement impactées depuis 2024 par une bataille douanière. Ainsi la menace de la Chine, finalement abandonnée, d’augmenter sévèrement les droits de douane sur cet alcool ou encore la hausse des droits de douane décidés les États-Unis. La FGTA, avec la confédération, est alors montée au créneau auprès des pouvoirs publics pour défendre les 70 000 emplois (directs et indirects) de la filière du cognac. Actuellement, la filière demeure inquiète, ce qu’ont exprimé les délégués FO de Rémy-Martin et de Hennesy : Dans le bassin du cognac, l’impact de la crise va être violent
ont-ils souligné.
Chez Hennessy, une grève lancée en intersyndicale a permis d’annuler un projet de délocaliser en Chine une partie de l’activité de la mise en bouteille du cognac cela visant à alimenter le marché chinois. Plus largement, pour l’instant, l’impact de la crise continue de se faire sentir : Chez nous, 1 200 postes ne seront postes de seront pas renouvelés suite à des départs dits naturels
a alerté Frédéric Merceron, délégué syndical FO chez Hennesy.
Dans l’alimentaire, les inquiétudes sont nombreuses aussi. Pointant la baisse de la consommation de viande bovine, Erwann Poinçon, délégué FO chez Bigard, a alerté sur la pénibilité non reconnue du travail : On a un congé de fin de carrière, abondé depuis peu par l’indemnité de départ à la retraite. Mais ce n’est pas suffisant. Nos métiers sont exigeants et on a des salariés usés par le travail. Or, il est très difficile de cocher les cases des critères de pénibilité
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Chez Herta, revendu intégralement fin 2025 par Nestlé à l’Espagnol Casa Tarradellas, c’est le problème des augmentations salariales qui est soulevé : 220 millions d’euros ont bien été investis dans les machines, mais pas dans les salaires. Les NAO se sont de plus en plus verrouillées
a ainsi déploré le délégué FO, Stéphane Riffault. En février, à l’appel des syndicats dont FO, une grève a eu lieu sur plusieurs sites à ce sujet. Dans tous ces secteurs, la défense de l’emploi et des salaires restent notre priorité. Nous ne lâcherons rien
a réaffirmé Laurent Rescanières.
Pour le respect des droits des travailleurs étrangers et des saisonniers.
Le congrès a condamné par ailleurs le durcissement de la loi sur l’immigration. La fédération se sent particulièrement concernée par ce texte, ayant dans son périmètre les secteurs de l’hôtellerie-restauration et de l’agriculture, lesquels emploient de nombreux travailleurs étrangers. Le congrès a aussi revendiqué le respect des droits des travailleurs étrangers qui peinent à renouveler leurs papiers : Ces travailleurs sont confrontés à des délais insupportables, à des dossiers bloqués en préfecture, ce qui les maintient dans la précarité. Or, ces salariés ont des droits : ils travaillent et cotisent !
a rappelé Georgette Kapend, de FO Carrefour Sanois.
Le combat pour l’application aux saisonniers de conditions de travail (et de logement) dignes a également été évoqué. Laurent Lescanières a salué l’obtention par la confédération (lors de la réunion du 24 juin au ministère du Travail dédiée à l’impact des fortes chaleurs sur le travail), d’une réunion interministérielle spécifique dédiée à leur situation et à leurs conditions d’hébergement. Certains trouvent normal que des travailleurs saisonniers soient logés sous des tentes. C’est une véritable honte !
a martelé le secrétaire général de la fédération.
La « bêtise » de la remise en cause des jours fériés
Concernant l’attaque tentée par le gouvernement sur le 1er Mai cette année, la FGTA FO rappelle, dans sa résolution, son attachement à ce seul jour férié, chômé et payé. Elle souligne en outre que cette question du 1er Mai ne peut se régler qu’au travers des branches, au plus près des situations professionnelles. Cette remise en cause des jours fériés est un vrai marronnier. C’est une bêtise. Comme si c’était la préoccupation des travailleurs !
a ironisé Frédéric Souillot, le secrétaire général de FO, venu saluer le congrès. A cette occasion, il a rappelé une récente victoire syndicale notable, à mettre particulièrement au crédit de la confédération : l’obtention de la suppression des trois mandats syndicaux successifs. Cela a été de nouveau salué par les militants de la FGTA. Au gouvernement, on nous avait dit d’accord pour supprimer ce plafond, à condition qu’on approuve la réforme des retraites de 2023. Il n’en était pas question. Mais on a obtenu la suppression de ce seuil par la négociation collective !
. Cette suppression, actée par l’ANI du 14 novembre 2024 sur l’évolution du dialogue social, a été transcris dans une loi adoptée en octobre 2025.
Cap sur le développement
Le congrès a été aussi largement l’occasion de partager entre militants les bons scores obtenus lors des élections professionnelles. Ainsi, chez Buffalo grill, FO est passé de 38,5 % à 61 % en 2024. Chez Coop U, elle a progressé de 20 points en quatre ans. Chez Coca-cola, FO est passé de 10 à 20 % au niveau national. Elle est aussi devenue la première organisation syndicale chez Franprix distribution (70 %). Dans la restauration, FO reste en tête chez Sodexo, et est passée première organisation syndicale au sein groupe Bertrand (Léon de Bruxelles)…
Nous constatons le développement de sections syndicales un peu partout
s’est réjoui Laurent Rescanières. La fédération entend poursuivre cet élan. Au cours du prochain mandat, Nous voulons doubler le nombre de militants
a indiqué le secrétaire général, qui va lancer cet automne un plan de développement. La FGTA FO compte s’appuyer sur un nouveau CRM (système de base de données), mais aussi sur son centre de formation interne (2083 élus formés en 2025).
Elle entend aussi renforcer son action auprès des syndicats isolés, via les Usta départementales. Ces Unions Syndicale des Travailleurs de l’Agriculture, de l’agroalimentaire, de la grande distribution et de la restauration apportent un soutien indispensable. Elles sont aussi un véritable outil de développement
a estimé Yann Couroussé, secrétaire de l’Usta 44.
Préparer la relève
En matière de développement encore, des militants ont appelé à s’ouvrir davantage aux jeunes : Il faut préparer la relève du syndicalisme, impliquer les jeunes si on veut continuer à progresser
a incité Michel Castro, DS FO chez Fleury-Michon. D’autres ont invité à aller plus encore vers les cadres et les agents de maîtrise : Les cadres souffrent d’une forte, très forte pression au travail. Allons les chercher, parce qu’ils ont en besoin
a appuyé Marylène Barbera, DSC FO du groupe Accor.
Renforcer l’action syndicale auprès des jeunes et des cadres figurent ainsi dans la résolution de la FGTA FO pour les quatre ans à venir.

