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Ce qu’il faut savoir sur la COP21

, Mathieu Lapprand

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Photographie : Arnaud Bouissou - MEDDE /SG COP21

Rendez-vous attendu, la COP21 devra aboutir à un accord permettant d’enrayer le réchauffement climatique. Enjeux environnementaux et sociaux, intérêts contradictoires, retrouvez dans ce dossier les objectifs et les déterminants d’une négociation vitale.

Le climat et la dimension sociale

La COP21 vient d’être lancée au Bourget (Île-de-France) le 30 novembre, en présence de nombreux chefs d’État et d’organisations internationales. La mobilisation des organisations syndicales est un levier important pour la conclusion d’un accord dont la dimension sociale sera essentielle. Pour Force Ouvrière, évolution climatique, protection de l’environnement, monde du travail et droits sociaux sont indissociables, car non seulement « il n’y aura pas d’emploi sur une planète morte », mais par ailleurs une planète plus saine ne peut être qu’une planète plus juste. Un récent accord au sein de l’OIT concerne d’ailleurs les critères à respecter, qui garantissent à la fois une diminution suffisante des émissions de carbone, la création de nouveaux emplois et le soutien aux travailleurs et aux populations confrontés à la transformation des industries. La CSI (Confédération syndicale internationale) coordonnera l’intervention des nombreuses délégations syndicales nationales présentes au Bourget pour intervenir et peser en ce sens auprès des gouvernements.

Le programme syndical

Du 30 novembre au 11 décembre, la CSI organise de nombreuses réunions, débats et points d’information à l’Espace Génération Climat sur le site du Bourget ou, les 5 et 6 décembre, à la mairie de Montreuil dans le cadre du Sommet citoyen. Un débat entre les secrétaires généraux des trois principales confédérations syndicales françaises se tiendra notamment le 4 décembre au Bourget dans l’auditorium Mandela.

Les enjeux de l’atténuation et de l’adaptation

Les plans nationaux d’action climat

Faute d’avoir réussi à s’accorder sur la prolongation et l’élargissement du protocole de Kyoto, qui ne comportait des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre que pour un nombre limité de pays industrialisés et venait à échéance en 2012, les États se sont engagés à faire connaître leurs contributions nationales (INDC) de réduction des gaz à effet de serre avant l’ouverture de la COP21. Au 30 octobre dernier, l’ONU recensait les INDC de 146 pays (dont les 28 États représentés par l’UE) faisant « baisser la moyenne mondiale des émissions par personne jusqu’à 9 % en 2030 », ce qui pourrait permettre « de limiter l’élévation de la température prévue d’environ 2,7 degrés Celsius d’ici à 2100 », bien que d’autres analyses estiment que ces engagements ne suffiraient pas à limiter l’élévation à moins de 3°C.

Tout l’enjeu de la COP21 sera donc le mécanisme permettant à la fois de contrôler le respect par les pays de leurs contributions et de réévaluer celles-ci, encore insuffisantes pour limiter le réchauffement à 2°C. Le Cese, dans son avis « Réussir le conférence climat 2015 », avait appelé à « la consolidation des procédures de contrôle pour une transparence accrue de la mise en œuvre des engagements […] d’autant plus […] que la Convention Climat prévoit des contreparties financières en direction des pays en développement ».

Le Fonds vert

Lors de la COP16 à Cancun, décision avait été prise de mettre en place un Fonds vert pour le climat, ayant pour objectif de financer les programmes d’action et d’adaptation au changement climatique des pays en voie de développement. En effet, les principaux pays émetteurs sont les pays industrialisés (Chine, États-Unis, pays de l’UE, Russie, Japon), représentant de plus de 50 % des émissions mondiales. À Cancun, l’objectif fixé était un abondement de ce fonds par les pays développés, à hauteur de 30 milliards de dollars entre 2010 et 2012, puis de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020. Évidemment, une des questions est celle du risque d’une réorientation de l’aide au développement existante au titre du Fonds vert. Le Cese, dans son avis « Réussir la conférence climat 2015 », considérait nécessaire « de veiller à ce qu’il s’agisse de fonds publics additionnels et non d’un recyclage ou d’une ponction toujours tentante sur les programmes d’aide publique au développement ».


Décryptage : De Kyoto aux 2°C
La COP21 sera la vingt-et-unième « Conférence des parties » (la première s’étant tenue à Berlin en 1995). Elle réunit les États parties de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) adoptée lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992. C’est lors de la COP15, en 2009 à Copenhague, qui échoua à prolonger le protocole de Kyoto, adopté en 1997 lors de la COP3, que fut en contrepartie affirmé l’objectif de « réduire ces émissions [de gaz à effet de serre, NDLR] pour que la hausse de la température de la planète reste inférieure à 2°C ».