Changement climatique

Climat : en direct avec FO à la COP23

, Pascal Pavageau

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© Oliver Berg/DPA/ZUMA-REA

La délégation FO conduite par Pascal Pavageau fait partie des nombreuses délégations syndicales présentes à Bonn pour ce 23e sommet annuel sur le changement climatique (30 octobre au 24 novembre).

Alors que beaucoup d’indicateurs du réchauffement climatique et des conséquences du dérèglement qui s’ensuit sont au rouge et que les objectifs assignés à l’accord de Paris (COP21) apparaissent difficilement atteignables, cette conférence est placée sous le slogan viser plus loin, plus vite et tous ensemble.

Mais, comme première impression, force est de constater que les organisateurs (si ce sommet est présidé par l’état de Fidji, c’est l’Allemagne qui en assure la tenue et l’intendance) ont fait dans la sobriété pour ne pas dire l’austérité. Les sites sur lesquels se tiennent les divers événements, débats et négociations, sont réduits à leur strict minimum, ce qui ne favorise pas les échanges. De manière générale la ville de Bonn n’est pas habitée par l’événement : presque aucun marquage ni « publicité ». Les habitants paraissent jusqu’à ignorer la présence de la COP.

Alors que jusqu’à présent la zone de la société civile était accessible au grand public, ce qui favorisait la sensibilisation sur des sujets primordiaux, la COP23 est fermée et réduite aux technocrates, conseillers et diplomates.

La dimension sociale oubliée ?

Dans ce contexte, avec l’appui des syndicats allemands (DGB et IG Metall), la CSI a délocalisé ses débats publics en dehors des sites de la COP.

Si l’on doit regretter que les syndicats fidjiens n’aient pu faire le déplacement, côté français, FO est la seule délégation syndicale conduite par un responsable politique.

Les syndicats, avec la CSI, sont très inquiets de l’absence d’intégration des enjeux sociaux dans les débats entre États. Si le sujet était présent à Paris, deux ans après la traduction concrète se fait toujours attendre.

Photographie de droite à gauche : Marjorie Alexandre (du secteur international de FO) Mansour Cherni (de l’UGTT) et Pascal Pavageau (Secrétaire confédéral FO).

Les syndicats ont insisté sur l’enjeu de la santé et de la sécurité des travailleurs face aux conséquences du réchauffement a été au centre des débats. Les camarades de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) ont illustré les impacts sur la santé par le stress hydrique (la pauvreté en eau est fixée par l’OMS à 500 m3 / habitants / an et en Tunisie on est déjà chuté à 419 m3 seulement : cela remet déjà en question un mode d’agriculture hydrophile pourtant prédominant dans le pays).

Quels emplois pour aujourd’hui et demain ?

Comme sur le numérique, les emplois dits d’avenir sont identifiés comme précaires et dégradés. Dans le secteur de l’énergie par exemple, beaucoup ont dénoncé que les énergies propres se font par des emplois sales.

Autre question centrale, celle de la formation des salariés et du transfert des compétences vers les pays du sud. Contrairement à la théorie de la destruction créatrice, les témoignages illustrent que la destruction des emplois liés au changement climatique souvent à faible compétence n’est compensée que par quelques emplois à haute qualification.

Plusieurs délégués ont fait part du risque d’un choc de générations où le seul objectif serait de réussir à sauver les générations nouvellement entrées dans l’emploi.

Les syndicalistes africains ont insisté sur la brutalité en termes de vitesse de la transformation subie et déplorent une absence de prospective tant des États que des syndicats eux-mêmes, générant de facto un surcout des mesures d’adaptation. Ils saluent cependant le fait que des coopérations financières à la charge de l’État et de l’entreprise concernés arrivent à voir le jour face à la détresse des situations.

L’OIT indispensable pour une transition sociale juste

Cependant tous déplorent qu’à ce jour le prisme de la rentabilité financière l’emporte à l’heure des choix stratégiques des États et entreprises pour la transition énergétique.

Le rôle majeur de l’OIT a été rappelé et le besoin impératif d’une future norme sur la question sociale et environnementale dès que possible.

Si plusieurs témoignages ont mis en avant des initiatives positives prises en matière de lutte contre le changement climatique, il apparaît encore et toujours nécessaire et indispensable que les syndicats se fassent entendre.