Interview

« Les digues, ce sont les organisations syndicales »

, Françoise Lambert

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© 2018 NORD-OUEST FILMS

Bruno Bourthol est salarié et délégué FO dans l’industrie pharmaceutique. Acteur de complément dans En guerre, il joue son propre rôle, celui d’un syndicaliste.

Bruno Bourthol, militant dans la vraie vie et acteur de complément dans
le film En guerre.

Comment a débuté cette aventure ?

Bruno Bourthol : L’Union départementale FO du Lot-et-Garonne a été contactée par le réalisateur Stéphane Brizé, qui cherchait des salariés et des syndicalistes pour jouer dans son film En Guerre. Le secrétaire de l’UD, Christophe Attias, a adressé un mail à tous ses adhérents. Environ six cents personnes ont passé le casting, des syndicalistes issus de différentes UD du département, mais aussi des chefs d’entreprise, des avocats, etc. Deux cents personnes ont été retenues pour le film, dont une quinzaine de militants et adhérents FO. Les salariés embauchés étaient issus du privé comme du public. Les CRS dans le film sont gendarmes mobiles ou policiers dans la vraie vie. Quant à moi, j’ai été retenu pour jouer le rôle d’un syndicaliste du SIPI, le syndicat indépendant de Perrin Industrie, inventé pour les circonstances.

Pourquoi as-tu choisi de faire ce film et comment as-tu vécu cette expérience ?

Bruno Bourthol : C’est un film qui parle de syndicalisme et de lutte, ça m’a intéressé. J’ai pu poser des congés sans solde pour le tournage, qui a duré vingt-trois jours sur cinq semaines. C’est la première fois que je fais l’acteur. Nous étions tous dans ce cas autour de Vincent Lindon, l’acteur principal. Nous ne connaissions rien au jeu d’acteur, et Vincent Lindon ne connaissait rien aux conflits sociaux. Il nous a posé beaucoup de questions sur nos réactions dans tel ou tel type de situation, et nous, on a essayé de nous mettre en phase avec lui, de sortir nos tripes, sous la direction de Stéphane Brizé. On travaillait souvent nos textes du jour au lendemain. ça a été un engagement formidable, qui s’est terminé par une standing ovation à Cannes. Incroyable.

Est-ce que tu t’es reconnu dans ton personnage ?

Bruno Bourthol : Faire jouer leur rôle à des syndicalistes donne une crédibilité au film. Dans la vraie vie, je suis délégué syndical central dans l’industrie pharmaceutique. Je travaille chez UPSA, sur un site qui emploie 1 300 personnes à Agen. Je me suis reconnu dans le film car j’ai déjà participé à des conflits et je suis habitué à prendre la parole en public, devant des adhérents, dans des situations de tension.

Qu’as-tu pensé du film en tant que militant syndical ?

Bruno Bourthol : Ce film est très juste, et vraiment d’actualité concernant les attaques que subissent les salariés. Et la situation ne va pas s’arranger avec les ordonnances Macron. Elles vont faciliter les plans de licenciement. Sur les PSE on ne peut plus s’opposer, on négocie la main liée dans le dos.

Qui déclare la guerre à qui dans ce film, selon toi ?

Bruno Bourthol : Ce sont ceux qui décident des fermetures d’usines. Ils ne regardent pas les intérêts des salariés, ils sont sur des résultats immédiats pour les actionnaires. C’est ça qui pousse à la violence. Dans des cas comme ça, les digues cèdent, et les digues ce sont les organisations syndicales dans l’entreprise. Elles sont là pour coordonner la colère des salariés, la faire remonter aux employeurs. À force de nous fragiliser et de faire sans nous, les syndicats, il ne faut pas s’étonner de l’irruption d’accès de violence.