Economie

Minima sociaux : une baisse des allocataires en trompe-l’œil

, Françoise Lambert

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La baisse de 1,8% du nombre d’allocataires des minima sociaux entre 2015 et 2016 est en grande partie due à celle du nombre de bénéficiaires du RSA. Une diminution elle-même liée à l’amélioration du marché du travail… et à la mise en place de la prime d’activité. Décryptage.

Une première depuis la crise de 2008 : le nombre d’allocataires des minima sociaux a diminué de 1,8% entre 2015 et 2016. Au 31 décembre 2016, 4,15 millions de personnes étaient ainsi bénéficiaires de l’un des dix minima sociaux et sept millions de personnes étaient couvertes, en incluant les conjoints et les enfants à charge.

Cette évolution est en grande partie due à la baisse de 4,3% du nombre d’allocataires du RSA — 1,86 million de foyers fin 2016. C’est ce qu’indique une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), le service statistiques des ministères sociaux.

Le RSA sensible à la situation du marché du travail

Le RSA est particulièrement sensible à la situation du marché du travail, tout comme l’ASS dont les effectifs diminuent eux aussi en 2016, note la Drees. Le nombre de bénéficiaires de l’ASS, l’Allocation de solidarité spécifique, versée aux chômeurs arrivés en fin de droits, a ainsi baissé de 3,9%, pour s’établir à 454 200 allocataires fin 2016.

La Drees attribue ce mouvement à l’amélioration de la situation du marché du travail au cours de l’année, mais elle souligne en outre qu’elle peut également résulter de changements des règles d’indemnisation du chômage, notamment de la mise en place des droits rechargeables en octobre 2014.

Un dispositif qui, rappelle-t-elle, permet de prolonger la période pendant laquelle un demandeur d’emploi est couvert par le régime d’assurance chômage et donc de repousser le moment d’entrer dans l’ASS.

Le nombre d’allocataires de l’ASS s’est stabilisé

Résultat : le nombre d’allocataires de l’ASS s’est stabilisé en 2015, mais celui des demandeurs d’emploi inscrits depuis plus de deux ans a en revanche continué d’augmenter fortement (+11% en France métropolitaine).

Concernant le RSA, la Drees explique aussi la baisse importante du nombre de bénéficiaires par l’amélioration du marché du travail. Elle souligne que cette évolution est en outre liée à la mise en place de la prime d’activité au 1er janvier 2016.

Une demande de prime d’activité ne vaut pas automatiquement pour une demande de RSA, alors qu’une demande de RSA valait à la fois pour le RSA socle et le RSA activité, explique la Drees.

RSA : Plus d’allocataires de 60 ans et plus

Par ailleurs, la diminution du nombre de personnes touchant le RSA cache des disparités en lien avec l’âge. Le nombre d’allocataires de moins de 30 ans baisse de 9,3% entre fin 2015 et fin 2016, celui de la tranche 30-49 ans diminue de 4,3% sur la même période, mais le nombre d’allocataires de 60 ans ou plus continue, lui, d’augmenter en 2016 (+6,5%).

Une hausse que la Drees impute au report de 60 à 62 ans de l’âge minimum légal de la retraite institué par la réforme des retraites de 2010.

L’étude de la Drees relève par ailleurs des difficultés d’insertion importantes pour les personnes handicapées. La hausse du nombre de personnes bénéficiant de l’Allocation adulte handicapé (AAH) s’est poursuivie en 2016 (+2,6%). Et seulement 6% des allocataires de cette prestation sortent des minima d’une fin d’année à la suivante.

FO : l’État ne doit pas se défausser

Pour FO, l’insertion professionnelle des chômeurs, et notamment des personnes en situation de handicap, doit demeurer une des priorités. Dans leur résolution générale adoptée lors du congrès de Lille, en avril, les délégués FO rappellent que l’exclusion et la fracture sociale touchent particulièrement les personnes en situation de handicap, dont le taux de chômage est deux fois plus élevé que le reste de la population.

L’État ne doit pas se défausser de sa responsabilité de faire du travail un facteur d’insertion sociale et, tant la formation que l’accompagnement des chômeurs, doivent être des priorités, indiquent-ils.

 

Un Français sur quatre dépasse son découvert bancaire
En parallèle de cette étude, d’autres chiffres démontrent les difficultés des Français au quotidien, loin des critères d’attribution d’aides sociales ou autres. Ainsi, 60% des Français ont dépassé leur découvert autorisé au moins une fois par an et 24% d’entre eux une fois par mois, selon une étude de Panorabanques publiée le 9 juillet. Si le chiffre paraît important, il a diminué ces dernières années, de 28% à 24% entre 2014 et 2018. Toutes les catégories de population sont concernées. 50% des clients versant plus de 3 000 euros par mois sur le compte se retrouvent en solde négatif au moins une fois par an. Quant aux 27% de Français qui disposent de moins de 1 500 euros par mois, ils se retrouvent en situation de découvert autorisé tous les mois. Deux fois plus que les personnes plus aisées.

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Françoise Lambert

Journaliste FO Hebdo - Santé - Retraite

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