Stéphane Delaporte, ambulancier militant

Portrait par Fanny Darcillon, L’Info Militante

Stéphane Delaporte, 43 ans, incarne le combat des ambulanciers du service public pour une meilleure reconnaissance de ce métier, depuis longtemps sous-estimé alors qu’il est le premier maillon de la chaîne de soins.

Ne l’appelez plus « conducteur », mais bien « ambulancier » : comme nombre de ses collègues, Stéphane Delaporte s’est battu pour ne plus être vu comme un transporteur de cartons aux yeux de l’administration, lui qui s’assure depuis dix-sept ans que des patients en chair et en os arrivent à bon port. Mi-janvier, après des années de lutte, les ambulanciers ont entendu le ministre de la Santé, Olivier Véran, entrouvrir la porte d’une plus grande reconnaissance de leur profession : ils allaient entrer, enfin, dans la famille des soignants.

Mais pour Stéphane Delaporte, régulateur des ambulances au CHU de Rouen (Seine-Maritime), ce n’est qu’un premier pas. À 43 ans, ce père de famille n’en est pas à son premier combat syndical et sait que la vigilance reste de mise : La nouvelle fiche métier indique comme prérequis l’obtention des permis B, C et D, souligne-t-il. Passer le grade d’ambulancier pourrait donc être problématique. Sans parler de la revalorisation salariale attendue par tous au titre de ces compétences nouvellement reconnues.

Arrivé à FO par l’intermédiaire de son épouse infirmière, trésorière du syndicat dans un autre établissement, l’ambulancier a trouvé dans l’organisation un fonctionnement  totalement raccord [avec lui-même]  : on discute avant d’agir, on entend, on étudie et on essaye d’avoir des infos complémentaires, et après on voit s’il y a besoin d’y aller plus fort. La communication est parfois beaucoup plus forte que le passage en force. Cette vision du militantisme le pousse à s’engager toujours plus au sein de FO, où il exercera deux journées de permanence hebdomadaire à partir de mai.

Le contact humain au cœur du métier

Ce souci de la défense des professionnels l’a déjà amené à avoir le nez dans la législation lorsqu’il exerçait dans le secteur privé, qui emploie la majorité des ambulanciers de France. Ce n’est pas le même métier, même si ça porte le même nom, raconte-t-il. Dans le privé, on va chercher les gens chez eux, alors on rentre dans leur intimité. Dans la fonction publique, le transport des patients se fait essentiellement entre les différents services de l’hôpital.  Mais ce qui peut paraître un transport lambda, sans problèmes, ne l’est pas forcément : l’état du patient peut se dégrader et devenir une urgence, il faut donc être toujours à l’affût et reconnaître les signes. C’est ce sens, cette possibilité du contact humain qu’il a voulu préserver en quittant la restauration pour une reconversion dans le secteur ambulancier, privé, en 2005. Sa mission préférée ? Aller chercher une femme enceinte pour une naissance en urgence. De quoi compenser les aspects plus durs du métier, comme le transport de défunts. On s’efforce d’oublier, de passer au patient suivant. C’est plus facile pour certains que pour d’autres, alors il faut un bon esprit d’équipe pour désamorcer ces situations-là. 

Passé du privé au public pour bénéficier de meilleurs horaires de travail et d’une meilleure paye – toujours pas mirobolante pour autant, 1 680 euros net mensuels –, Stéphane Delaporte n’en changerait pour rien au monde.  C’est un métier que j’approuve et que j’adore. Quand on commence à avoir la fibre, on a du mal à lâcher.

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