Santé

Maladies chroniques : le travail c’est la santé ?

, Françoise Lambert

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Le dispositif ALD permet la prise en charge à 100 % par la Sécu de maladies graves comme le diabète, le cancer ou certaines pathologies cardiaques. © Francois HENRY / REA

Avec l’allongement de la vie professionnelle, le monde du travail sera de plus en plus concerné par les maladies chroniques et le handicap. Le maintien ou le retour dans l’emploi, dans de bonnes conditions, devient une question cruciale.

Pas moins de 10,4 millions de personnes bénéficiaient en 2016 du dispositif des Affections longue durée (ALD), qui permet la prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie d’une ou de plusieurs maladies graves, comme le cancer, le diabète ou certaines pathologies cardiaques. C’est ce qu’indiquent des chiffres actualisés de l’Assurance maladie. En intégrant les personnes qui ne sont pas en ALD, 26 millions ont été touchées en 2015 par des maladies chroniques, et les pathologies graves atteindront 580 000 personnes de plus en 2020.

Avec le vieillissement de la population et l’allongement de la vie professionnelle, les arrêts pour cause d’accident du travail, de maladie chronique ou de handicap vont augmenter. Certaines organisations du travail qui génèrent du stress peuvent aussi conduire des salariés à développer une pathologie grave. Dans ce contexte, le maintien dans l’emploi des salariés atteints par une maladie chronique devient un enjeu d’ampleur.

Dans le troisième Plan santé au travail, qui couvre la période 2015-2019, les pouvoirs publics font de la prévention une priorité. Les ministres du Travail et de la Santé, Muriel Pénicaud et Agnès Buzyn, ont lancé en novembre une mission sur la santé au travail. Ses membres, qui doivent rendre leur rapport le 31 mars 2018, vont notamment étudier la crise de la médecine du travail.

Il est indispensable de mener une politique ambitieuse en matière de prévention des risques professionnels et de pénibilité. Or ce n’est pas pour l’instant la voie prise par le gouvernement, qui a réduit la portée de la réforme de la pénibilité, commente Jocelyne Marmande, secrétaire confédérale FO chargée de la protection sociale. Le maintien dans l’emploi dans de bonnes conditions et la prévention de la désinsertion professionnelle doivent rester des priorités, souligne-t-elle. La lutte contre ce fléau fait partie des priorités défendues par FO au sein des branches accidents du travail et maladie pour les prochaines conventions d’objectifs et de gestion (COG) entre l’État et la Sécu.

Des discriminations dans l’emploi

26 millions

C’est le nombre de personnes qui ont été touchées par des maladies chroniques en 2015.

Près d’une personne sur deux en situation de handicap déclare avoir subi une discrimination dans l’emploi, selon le 10e baromètre sur les discriminations dans l’emploi du Défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Alors qu’ils vivent les effets secondaires physiques ou psychiques de leur maladie chronique, fatigue, douleurs, voire incertitude pour la survie, les salariés fragilisés par une longue maladie rencontrent de nombreuses difficultés : des freins dans l’évolution de leur carrière, des problèmes financiers avec des salaires réduits en cas de temps partiel et des frais médicaux importants, indique Anne Baltazar, secrétaire confédérale FO chargée de l’égalité professionnelle et du handicap. Il reste encore beaucoup à faire pour accompagner ces salariés.